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09:49 7 décembre 2019 | mise à jour le: 7 décembre 2019 à 09:49 temps de lecture: 4 minutes

Dopage: la Russie face au spectre d’une exclusion des Jeux olympiques

Dopage: la Russie face au spectre d’une exclusion des Jeux olympiques
Photo: Charlie Riedel/APLa Russie pourrait être exclue des Jeux olympiques.

Le drapeau russe flottera-t-il aux Jeux olympiques de Tokyo-2020 et de Pékin-2022 ? L’Agence mondiale antidopage (AMA) doit décider lundi si elle prononce les plus lourdes sanctions de son histoire, pour punir Moscou d’avoir persisté dans la triche en falsifiant des données qu’elle lui réclamait.

Pas de drapeau, d’hymne ou d’officiel russe aux JO ou à tout championnat du monde pendant quatre ans, interdiction d’accueillir ces compétitions sur son sol, sélections de sportifs «neutres» : si le comité exécutif de l’AMA, qui se réunit dans la matinée à Lausanne, suit la recommandation de son comité de révision de la conformité (CRC) et assortit la suspension de l’agence antidopage Rusada de telles sanctions, c’est une véritable mise au ban du sport international qui attend la Russie.

Mais elle pourra faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui aura probablement le dernier mot.

Un tel séjour au purgatoire solderait en tout cas l’énième épisode d’une saga qui dure depuis cinq ans, depuis les premières révélations sur un système de dopage institutionnel, dirigé entre 2011 et 2015 depuis le ministère des Sports avec la participation directe du service secret FSB, selon plusieurs rapports d’enquête.

La remise par Moscou de milliers de données brutes de contrôles, stockées dans les serveurs de l’ancien laboratoire de Moscou, sous la garde du puissant Comité d’enquête de Russie, était en effet une condition stricte posée par l’AMA pour lever, fin 2018, la précédente suspension de l’agence Rusada.

Le gendarme mondial antidopage espérait ainsi lever le voile sur des contrôles positifs restés sans suite, ouvrir des procédures disciplinaires contre des sportifs et clore l’affaire une fois pour toutes. Mais les experts informatiques missionnés par l’AMA ont notamment découvert que «des centaines» de résultats suspects avaient été effacés, pour certains entre décembre 2018 et janvier 2019, juste avant la remise des données.

«partenaire important»

Cette nouvelle accusation et la persistance du problème russe pourraient convaincre une majorité des douze membres du comité exécutif de l’AMA d’user de la manière forte et de suivre le CRC mot pour mot. Dans l’autre hypothèse, l’AMA peut renvoyer la recommandation au CRC qu’il l’amende.

Sous l’impulsion de Vladimir Poutine, la Russie a fait du sport une véritable vitrine diplomatique, accueillant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014, ou la Coupe du monde de football en 2018. Et si le scandale de dopage a entamé son prestige, le pays reste un «partenaire important» des fédérations internationales, en accueillant nombre de compétitions peu rentables, explique un acteur européen de l’antidopage, sous couvert d’anonymat.

Or, le comité exécutif de l’AMA est constitué pour moitié de représentants du mouvement olympique, face à autant de représentants des États.

«Je crois que cette fois, le CIO en a assez, la Russie est allée trop loin», pronostique néanmoins l’un de ses membres historiques, l’avocat canadien Richard Pound, qui fut le premier président de l’AMA (1999-2007).

D’après lui, les sanctions restent équilibrées, car elles n’empêchent pas des sportifs russes de concourir sous drapeau neutre, comme aux JO d’hiver 2018 de Pyeongchang, où des sanctions avaient déjà été prises.

Le président du CIO, Thomas Bach, a garanti que d’éventuelles suspensions s’imposeraient de façon «obligatoire». Mais «j’espère que l’AMA sera claire sur les événements auxquels cette décision fera référence et pour quelles raisons elle s’applique ou non», a-t-il aussi déclaré.

D’ici là, le président du Comité olympique russe (ROC), Stanislav Pozdniakov, fait partie samedi des invités du Sommet olympique, prévu de longue date sous l’égide du CIO, toujours à Lausanne.

À Moscou, les autorités et les instances sportives soufflent le chaud et le froid, à l’image du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev, qui a reconnu que son pays avait «un problème avec le dopage». Mais «les autres pays ne sont-ils pas des pécheurs ?», a-t-il aussi demandé, alors que le ministre des Sports Pavel Kolobkov a réfuté les accusations de l’AMA à plusieurs reprises.

Quant au président du ROC, il a promis de «tout faire» pour que la Russie soit aux JO de Tokyo, assurant qu’il ne pouvait y avoir «aucune discussion sur une participation sous drapeau neutre».

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