Monde
16:58 25 janvier 2020

Cameroun: quels enjeux pour les législatives de février?

Cameroun: quels enjeux pour les législatives de février?
Photo: Roman Pilipey - Pool/Getty ImagesL'actuel président camerounais, Paul Biya (à droite)

Les premières élections législatives et municipales au Cameroun en sept ans, prévues le 9 février, se dérouleront dans un contexte tendu: des attaques djihadistes dans le Nord et un conflit indépendantiste meurtrier dans l’Ouest paralysent un quart du pays.

Alors que le parti du premier opposant compte boycotter des élections qu’il estime impossible à tenir dans ce contexte, et que le parti du président Paul Biya part grand favori, quels sont les enjeux des législatives, dont la campagne a officiellement démarré samedi?

Qui participera aux législatives?

Une trentaine de partis politiques, la plupart se réclamant de l’opposition, seront en lice pour 180 sièges de députés.

Le parti de la majorité présidentielle, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), qui jouit actuellement d’une majorité écrasante avec 148 députés, est le grand favori.

Présents dans toutes les circonscriptions électorales, les candidats du RDPC n’auront pas de concurrents dans de nombreuses localités du pays.

Principal parti d’opposition au parlement avec 18 députés, le Social Democratic front (SDF) avait menacé de boycotter les prochaines législatives, mais la direction s’est finalement résolue à y participer, même si des divergences persistent.

«Aux dernières élections, le SDF avait reculé, il s’agit de reconquérir les positions perdues», explique Stéphane Akoa, chercheur à la fondation Paul Ango Ela.

Parmi les autres partis en lice, on retrouve le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) du jeune opposant Cabral Libii, troisième à la présidentielle d’octobre 2018. Ce parti rêve de damer le pion au SDF et de lui prendre la place de premier parti d’opposition au parlement.

«Cela ne fera pas de mal à la majorité présidentielle», estime M. Akoa.

Comment les conflits affecteront les élections?

Longtemps perçu comme un îlot de stabilité par rapport à certains de ses voisins d’Afrique centrale, le Cameroun fait depuis plusieurs années face à deux crises meurtrières.

Dans l’ouest du pays, les indépendantistes anglophones s’opposent à l’armée dans un conflit qui a fait plus de 3000 morts en deux ans, selon des ONG.

Lors de l’élection présidentielle de 2018, la participation avait à peine atteint à peine 5% dans le Nord-Ouest et 15% dans le Sud-Ouest.

Et alors que la campagne présidentielle s’était déroulée sans violence, des candidats aux municipales et aux législatives ont déjà subi des violences (kidnappings, incendies).

Et dans la région de l’Extrême-Nord, frontalière du Nigeria ont lieu des attaques régulières des djihadistes de Boko Haram et de l’ISWAP, faction affiliée au groupe État islamique.

Le vote des déplacés internes et des réfugiés de ces régions (plus de 700 000 pour la crise anglophone et 250 000 dans l’Extrême Nord, selon différentes ONG) sera également difficile.

Pourquoi le principal opposant appelle au boycottage?

Le grand absent des législatives sera le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) du principal opposant, Maurice Kamto, deuxième à la dernière présidentielle. Ce parti a décidé de boycotter les élections de février, et a demandé aux Camerounais de faire de même.

En novembre, Maurice Kamto a appelé au boycottage, invitant «les Camerounais à ne pas aller voter et à rester chez eux le 9 février 2020 afin de ne pas  cautionner les élections qui ne ramèneront pas la paix dans notre pays».

«Organiser des élections au Cameroun aujourd’hui, qui plus est des élections locales, sans avoir rétabli la paix dans les régions [anglophones] du Nord-Ouest et du Sud-Ouest… c’est donner le message que [les] populations [de ces régions] ne sont pas des Camerounais et, ce faisant, consacrer la partition de fait du pays», estime M. Kamto.

Après la présidentielle de 2018, des manifestations avaient été organisées pour contester leur résultat, et M. Kamto avait été emprisonné pendant neuf mois avant d’être libéré en octobre.

«Entre sa libération et le moment de se mettre en ordre de bataille pour les législatives, le délai était trop court», estime M. Akoa.