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10:21 16 avril 2020 | mise à jour le: 16 avril 2020 à 10:21 temps de lecture: 4 minutes

Les États-Unis en difficulté avec 20 millions de chômeurs en un mois

Les États-Unis en difficulté avec 20 millions de chômeurs en un mois
Photo: Joe Raedle/Getty ImagesDes formulaires d'inscription à l'allocation-chômage sont distribués massivement aux États-Unis

Nashawn Cooper a perdu son emploi le mois dernier, comme plus de 20 millions d’autres personnes aux États-Unis, et a dû attendre quatre semaines pour toucher son allocation chômage, l’administration peinant à faire face à l’afflux de demandes.

«Je ne savais pas ce que j’allais faire», a dit par téléphone à l’AFP cet homme de 36 ans, qui vit à Atlanta (Géorgie), dans le sud-est du pays, et n’avait plus que quatre dollars sur son compte en banque.

D’autres, moins chanceux, attendent toujours.

Au début, Jessica Milisci, 45 ans, qui fait elle aussi partie de la cohorte de nouveaux chômeurs, a appelé le bureau du chômage 100 à 150 fois par jour, en vain.

Cette habitante d’Inverness, en Floride, a elle aussi dû attendre quatre semaines avant la validation de son dossier et si elle se dit aujourd’hui «très heureuse de la réponse», elle se demande pourquoi il lui a fallu autant d’attente.

Depuis la mi-mars et le début des mesures de confinement massives aux États-Unis, le chômage a atteint des niveaux jamais vus, avec des millions de demandes supplémentaires chaque semaine.

Jeudi encore, ce sont 5,2 millions de personnes qui sont venues s’ajouter aux statistiques de nouveaux demandeurs d’allocation chômage.

Un tel niveau de nouveaux dossiers a submergé les services.

Aux États-Unis, l’allocation chômage est gérée et distribuée par chacun des 50 États qui composent le pays. Ceux-ci ont leur propre politique, mais suivent les directives de Washington, qui leur verse une somme basée, en partie, sur le taux de chômage, qui l’an dernier était au niveau historiquement bas de 3,7%.

Mais les élus des États au Congrès négligent souvent l’administration fédérale en charge du chômage, qui «n’est tout simplement pas une chose à laquelle les gens pensent en dehors d’une récession», relève Michele Evermore, analyste au National employment law project.

Pour elle, «aucun État ne gère cela confortablement».

Dans le New Jersey, le gouverneur a lancé un appel public à des programmeurs bénévoles qualifiés en Cobol, un langage de programmation de 1959, afin de remettre en service et de faire fonctionner efficacement un système débordé.

Et en Floride, près de Miami, des gens ont fait la queue dans leur voiture pendant des heures, simplement pour recevoir un formulaire papier pour demander le chômage, alors que le site internet n’a pas supporté l’afflux de demandes.

Le gouverneur de cet État, Ron DeSantis, a annoncé la semaine dernière la mise en ligne de nouveaux serveurs pour gérer les demandes.

Son surnom est «l’État où le soleil brille», mais la Floride a, comme d’autres, rendu les allocations chômage plus difficiles à obtenir, a expliqué Michele Evermore.

Pour pouvoir simplement faire une demande, il faut remplir un interminable questionnaire et le montant hebdomadaire des prestations a été plafonné à 275 dollars, contre 365 dollars dans la Géorgie voisine.

Ainsi, au premier trimestre 2019, un peu plus de 8% seulement des habitants de Floride au chômage bénéficiaient d’une allocation, a encore détaillé Mme Evermore.

Selon elle, «les États qui ont réduit l’accès au cours des dernières décennies ne sont aujourd’hui pas en mesure de traiter les demandes comme ils le voudraient».

«À la fin du mois, je suis cuit», se lamente Reuben Isaacson, 25 ans, qui vit à Boca Raton, en Floride, et a été licencié le mois dernier par la startup de commerce en ligne qui l’employait.

Sa demande d’allocation chômage est en attente depuis la première semaine de mars. Il n’a donc pas pu payer son dernier loyer et compte sur sa mère pour assurer les dépenses quotidiennes.

Les nouveaux chômeurs pourront également compter sur 600 dollars supplémentaires chaque semaine pendant quatre mois, comme promis par le plan de relance de l’économie de 2200 milliards de dollars négocié fin mars entre l’administration Trump et le Congrès.

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