Le vêtement, aubaine et plaie pour le Bangladesh
Comment écrire «fabriqué au Bangladesh»? En lettres de sang. Tout simplement.
Les centaines de morts dans l’effondrement mercredi dernier d’un immeuble abritant des ateliers de confection s’ajoutent au défilé macabre qu’offre régulièrement l’industrie du deuxième fournisseur mondial de vêtements.
Au moins 4 millions de Bangladais piquent et taillent 6 jours par semaine, 12 heures par jour pour une quarantaine de dollars par mois dans les 5 000 usines de textile du pays, surpeuplées et délabrées. 80 % sont des femmes. Sans elles, leurs familles restées au village crieraient famine. En novembre dernier, l’incendie d’une manufacture de vêtements avait fait 111 morts. Depuis 2006, plus d’un demi-millier de personnes trimant devant leurs machines à coudre ont été tuées dans des incendies.
Souvent, les portes de l’usine en flammes sont barricadées pour empêcher le personnel de sortir par peur du vol de marchandises. À chacune de ces tragédies, les grandes marques étrangères ont la même ligne de défense: elles n’étaient pas au courant des conditions dans lesquelles leurs chemises, pantalons, t-shirts, vestes et autres vêtements étaient confectionnés.
Dans une économie mondialisée, mieux vaut parfois ne pas savoir comment sont fabriqués les produits remontant du sud au nord. Le tiers-monde est aujourd’hui le plus grand fournisseur mondial de vêtements, avec 60 % des exportations. Ce n’est donc pas un hasard si 1 jean sur 10 vendu dans le monde est fait au Bangladesh.
La Chine devient tous les jours un peu plus chère pour l’industrie du textile, qui a besoin d’une main-d’œuvre bon marché afin d’alimenter les rayons des grandes marques.
C’est là une aubaine pour le Bangladesh. La confection de vêtements lui procure une vingtaine de milliards de dollars par année.
Cette industrie est responsable de 40 % de l’emploi et a fait reculer la misère dans ce pays de 150 millions d’habitants, où la densité de la population est la plus élevée du monde.
Malgré tout, grèves et mouvements de protestation secouent régulièrement le Bangladesh pour ne plus avoir les salaires les plus bas d’Asie.
Pour l’heure, dans l’atelier du prêt-à-porter mondial, seuls les sous-traitants, les grandes marques et les consommateurs occidentaux tirent leur épingle du jeu.