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Les mauvais choix de Facebook

Photo: Matt Rourke/AP

Facebook a vraiment perdu la tête. Le roi des réseaux sociaux autorisait encore la semaine dernière, la diffusion d’une vidéo montrant une femme se faire décapiter. Trop c’est trop, même au nom de la liberté d’expression.

Heureusement, après le vent de fronde ayant balayé le cyberespace, Facebook est revenu sur sa décision «d’attirer l’attention sur les injustices en postant un contenu dramatique ou inquiétant».

C’est la deuxième fois en moins de six mois que le groupe californien fait marche arrière. En mai, il avait supprimé la vidéo sanglante avant de l’autoriser de nouveau ces derniers jours, en prenant soin de retirer quelques annonces visibles autour des images controversées. Il ne faut surtout pas heurter la sensibilité des publicitaires.

Père de deux jeunes filles et «parent inquiet», le premier ministre britannique, David Cameron, a été le seul leader occidental à monter au front pour dénoncer la nouvelle décision «irresponsable» de Facebook.

Pour Will Gardner, la vidéo sanglante n’aurait jamais dû réapparaître. «Il faut certes faire prendre conscience de certaines choses dans le monde, mais ce genre de contenu est trop horrible», note dans un échange de courriels le directeur de Childnet International, une association londonienne de protection de l’enfance.

D’autant que la vidéo d’une minute, accompagnée de milliers de «likes», est sortie de nulle part, sans aucune mise en contexte. La spectacularisation de l’image tient lieu d’information. Il faut la «réchauffer» dans un monde en déficit d’attention. Que des images figent l’horreur d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle, fort bien si elles cherchent à s’incruster dans la mémoire, à susciter compassion, solidarité et surtout questionnements.

Mais à quoi peuvent bien servir des images de pure boucherie?

Les vidéos ultra-violentes pullulent sur la Toile. Quand elles se retrouvent sur Facebook, grand réceptacle de contenus les plus divers, elles se répandent alors aussi vite que le feu dans la prairie.

Et, lorsqu’il s’agit de censurer un nu artistique, sa position est sans équivoque. Ainsi L’origine du monde, peint par Gustave Courbet en 1866 et exposé au musée d’Orsay à Paris, est interdit de séjour.

Même une femme allaitant son bébé devient persona non grata. «Cachez ce sein que je ne saurais voir», dirait le Tartuffe de Molière.

Dès qu’une image de nu pointe le bout du nez, elle est annulée sous prétexte d’être «sexuellement explicite» et donc nuisible à des jeunes membres de Facebook. Moins obscènes sont les vidéos d’horreur.

Facebook a plus d’un milliard de membres. Tant mieux pour son fondateur, Mark Zuckerberg, qui rêve d’en faire un bien aussi indispensable que l’électricité. Mais, le puritanisme de son site est à l’image du pays où il a vu le jour il y a bientôt dix ans. ap

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