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Amnistie internationale dénonce les pratiques esclavagistes du Qatar

Photo: Getty

Le Qatar impose des conditions de travail proches de l’esclavage à ses ouvriers immigrés, a dénoncé Amnistie internationale dans un rapport publié dimanche.

En 2010, Jatendra a quitté son Inde natale pour le Qatar, attiré par la promesse de salaires élevés et son goût pour le voyage.

«Au début, c’était correct, raconte l’ouvrier de la construction maintenant âgé de 24 ans. Mais par la suite, la compagnie n’a plus eu de fonds, et nous avons attendu neuf mois pour avoir nos salaires. Nous n’avions plus d’argent pour manger, et nous n’étions pas autorisés à changer d’emploi. Tout ce que nous pouvions faire, c’était rester dans nos chambres.»

«La compagnie nous a dit de poursuivre le boulot, mais nous avons fait une grève.» Jatendra dit qu’il n’a jamais reçu l’argent que lui devait Krantz Engineers, une des compagnies mentionnées dans un rapport d’Amnistie internationale publié hier qui met en lumière les abus systématiques dont les travailleurs immigrés sont victimes au Qatar. Plus de 1,5 million de ces ouvriers constituent 95 % de la main-d’œuvre employée dans le royaume; ce chiffre augmentera d’un million en raison de l’immense chantier nécessaire pour accueillir la Coupe du monde de football 2022.

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Le rapport allègue que la plupart travaillent sous la menace et sans être payés. Le système du kefala, qui demande à chaque immigrant  d‘avoir un parrain qatari ouvre la porte aux abus, explique le rapport, en donnant aux employeurs le pouvoir d’empêcher leurs ouvriers de changer d’emploi, de quitter le pays ou de faire la moindre plainte quant à leurs conditions de travail.

Et ces conditions ne sont pas sécuritaires. L’ambassade népalaise a rapporté que 174 de ses ressortissants sont morts en 2012, et le ministère du Travail qatari affirme que 30 % des compagnies œuvrant pour la Coupe du monde enfreignent les normes du travail. Quelque 11 % des ouvriers ont subi des blessures ; la moitié de celles-ci auraient pu être évitées si les règles avaient été respectées.

«C’est tout simplement inexcusable que dans un des pays les plus riches au monde, les travailleurs soient exploités sans pitié, privés de leur paie et condamnés à lutter pour survivre», s’indigne Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnistie internationale.

L’organisation critique aussi la FIFA qui prétend «ne pas être responsable et ne pas pouvoir changer les choses». Amnistie demande à la Fédération internationale de football de faire pression sur le pays hôte de la Coupe du monde 2022 pour qu’il améliore les conditions de travail de ses ouvriers.

Amnisitie demande au Qatar d’abandonner le système de parrainage, de faire respecter les droits du travail et d’effectuer plus d’inspections sur les chantiers pour assurer le respect des ouvriers.

Les autorités qataries affirment que des changements sont en cours. «Certaines manières de faire doivent être changées», a dit Hassan Al-Thawadi, président du comité organisateur de la Coupe du monde.

La FIFA a longtemps affirmé que sa compétition la plus distinguée répondrait toujours aux plus hauts standards en matière de droits humains. Le rapport publié hier suggère au contraire que la fédération pourrait plutôt faire partie du problème.

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