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«Les Français ne travaillent pas moins que les autres» – François Hollande

Photo: Agatha Nowicka/illo.pl

Le scandale entourant Dominique Strauss-Kahn a plongé la France dans la tempête. François Hollande, le député de la circonscription de Tulle qui a remplacé DSK, mène les sondages. Métro a interviewé celui qui pourrait être le prochain président de la France. François Hollande, ex-conjoint de la candidate socialiste de 2007, Ségolène Royal, semble certain de battre Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles du 22 avril. Mais le président sortant resserre l’écart qui le sépare du candidat du Parti socialiste.

Quelles sont les actions immédiates que vous allez poser, si vous êtes élu président?
Ma première décision sera de proposer à nos partenaires européens, en particulier – mais non exclusivement – l’Allemagne, de s’engager dans une nouvelle étape du développement économique et financier de l’Europe. Au niveau national, ma première décision politique portera sur la réforme fiscale et la réforme du système bancaire.

Qu’allez-vous faire pour améliorer l’économie française?
Le problème économique le plus important en France est la désindustrialisation et la détérioration de notre balance commerciale. On observe ces tendances depuis une dizaine d’années. La France a besoin d’une politique économique plus ambitieuse. Je préconise l’implantation de politiques économiques axées sur le développement de petites et moyennes entreprises. Cela pourrait être accompli à l’aide de politiques industrielles et de la réorganisation du système d’imposition des entreprises.

La France est reconnue pour ses bonnes conditions de travail. Est-ce qu’il n’y aurait pas lieu que les gens s’habituent à travailler plus dur?
Disons les choses franchement : les Français ne travaillent pas moins que les autres citoyens de l’UE. Plus important encore, la France a un des niveaux de productivité les plus élevés au monde. En aucun cas, les Français n’ont choisi de vivre dans une société de loisirs, alors que d’autres ont opté pour une société centrée sur l’effort. Je crois fermement que la situation économique actuelle requiert un énorme effort national auquel tous sont appelés à contribuer, si nous voulons sortir de la crise.

Angela Merkel et David Cameron appuient ouvertement Nicolas Sarkozy. Comment réagissez-vous?
Actuellement, le président sortant a l’appui de certains dirigeants conservateurs étrangers. Ce qui m’importe vraiment, c’est l’appui que j’obtiendrai des Français le 22 avril (premier tour) et le 6 mai (second tour). Si le président actuel dépend de l’appui de dirigeants étrangers, c’est un aveu de faiblesse. Si je suis élu, je suis convaincu que je serai capable de travailler avec d’autres dirigeants de l’UE.

Nombre de sommets de l’UE ont porté sur un plan de sauvetage pour la Grèce. Ne serait-il pas mieux d’exclure la Grèce?
La multiplication des sommets est imputable aux dirigeants conservateurs, qui ont été lents à pendre la situation en main. Il a donc fallu plus de temps que nécessaire pour réaliser que la seule solution possible, préconisée par les socialistes européens depuis le début, est la restructuration de la dette grecque avec l’aide des créanciers privés. Mais ce ne sera qu’une solution de long terme, dans la mesure où elle permettra à la Grèce d’améliorer sa productivité et d’éviter une autre crise de la dette à l’avenir. Nous avons besoin d’aider la Grèce; la retirer de la zone euro n’aidera en rien.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel mènent une campagne pour une UE encore plus forte, mais la plupart des citoyens de l’UE sont cyniques. Est-ce que l’on prend cette tangente trop vite?
Je suis convaincu que le seul moyen de se remettre de la crise passe par une plus grande intégration économique et financière entre les États membres, mais à deux conditions. Premièrement, cela doit favoriser la croissance : la remise sur pied des finances publiques n’est qu’un moyen. L’austérité n’est pas un objectif ou une valeur en soi. Deuxièmement – et je vois cela comme la seule solution durable –, l’entrée d’un nouveau membre dans l’UE doit découler d’une décision démocratique prise par les Européens. Je ne crois pas que les Européens sont cyniques. Je crois qu’ils sont déçus.

Dominique Strauss-Kahn est empêtré dans les scandales. Est-ce que cela a transformé la politique en France?
Je ne peux pas commenter les enquêtes en cours. En ce qui concerne le sexisme en politique, je constate que les Français les plus progressifs déploient des efforts énormes pour atteindre l’égalité des sexes en politique. Mon parti s’engage à présenter 50 % de candidates aux élections législatives. Et le prochain gouvernement, si nous gagnons les élections, sera formé de 50 % de femmes.

Vous vous dépeignez comme un homme «normal». Est-ce que c’est un atout?
J’ai dit que je voulais être un président normal. Je voulais dire que je respecterai les institutions, agirai comme le gardien de l’indépendance de la justice et protégerai la liberté de la presse. De ce point de vue, les gens verront la différence avec les pratiques qu’on a pu observer en France au cours des cinq dernières années.

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Biographie

  • Nom. François Hollande
  • Âge. 57 ans
  • Famille. Quatre enfants avec Ségolène Royal, candidate socialiste en 2007. Actuellement en couple avec la journaliste Valérie Trierweiler.
  • Expérience. Ex-chef du Parti socialiste.
  • Dans l’actualité. Pourrait être élu président de la France.

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