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«Le Mexique a besoin d’aide»

Photo: The Associated Press

«Notre pays ne va pas bien», assurent des Mexicains vivant dans la métropole québécoise. Ceux-ci ont vivement réagi aux propos tenus par le consul général du Mexique à Montréal, selon lequel la disparition de 43 étudiants à Iguala serait «un cas isolé». Métro est allé à leur rencontre pour écouter leur version de l’histoire.

«Les chiffres ne mentent pas: Human Rights Watch compte 25 000 personnes portées disparues aujourd’hui au Mexique, la Commission interaméricaine des droits de l’Homme dénombre plus de 80 000 morts en plus de 2000 enfants tués ou mutilés depuis 2006, et c’est un des pays les plus dangereux pour les journalistes, classé au 152e rang sur 181 pays par Reporters sans frontières! lance Karen Reyes Tolosa, étudiante en droit à l’UQAM. Alors non, le drame d’Iguala n’est pas un cas isolé.»

La tragédie d’Iguala renvoie à la disparition de 43 étudiants venus manifester, le 26 septembre dernier, contre l’action du gouvernement dirigé par le président Enrique Peña Nieto. Le maire de la ville, croyant qu’ils venaient perturber un discours prononcé par sa femme, a ordonné à sa police d’arrêter les trouble-fêtes. Les agents ont remis les 43 garçons à un groupe criminel; le Mexique demeurait sans nouvelle d’eux jusqu’à ce qu’une première dépouille d’un des étudiants soit identifiée cette semaine.

Ce concubinage entre les mondes politique et criminel illustré par le drame d’Iguala est répandu partout au pays, soutient Diana Rojas, agente de logistique qui habite depuis six ans au Québec.

«La corruption constitue un cancer à tous les niveaux du gouvernement», affirme-t-elle, donnant comme exemple le scandale de la «Maison Blanche», du nom d’une résidence secondaire récemment achetée par la première dame du Mexique à une compagnie qui avait décroché un contrat public chiffré en milliards.

Selon Noé Arteaga, qui s’implique depuis plusieurs années auprès des travailleurs et des travailleuses précaires qui viennent besogner au Québec pour fuir la pauvreté de leur Amérique latine natale, l’économie et la justice sont bonnes au Mexique… mais uniquement pour certaines personnes.

«La justice n’est pas pour tout le monde, car elle défend seulement ceux qui possèdent», indique-t-il. Lorsque Métro lui demande si le consulat est à l’écoute de la communauté mexicaine de Montréal, il répond sans hésiter qu’«il est davantage là pour brasser des affaires et pour blanchir l’image du pays à l’étranger que pour établir une relation avec ses ressortissants.»

«Dans l’imaginaire de beaucoup de gens, les narcotrafiquants offrent des perspectives d’avenir.» – Karen Reyes Tolosa, étudiante en droit

«Les gens doivent savoir ce qui se passe réellement au Mexique, continue Mme Rojas, car le gouvernement tente de cacher la vérité. Les chaînes de télévision publiques mexicaines ne parlent presque pas de la colère suscitée par la disparition des 43 étudiants. Et après, le consul vante la liberté d’expression du pays. Les étudiants sont disparus parce qu’ils ont voulu s’exprimer!»

Pour Mme Rojas, le Mexique a tout pour réussir, mais le gouvernement empêche les gens d’avancer. «Le Mexique a besoin d’aide, croit-elle. Les gens ont peur, ils sont résignés. Mais ma génération a le désir de changer les choses.»

«Le gouvernement est inhumain. La vie a une valeur, mais lui, on dirait qu’il s’en fout.» – Diana Rojas, agente logistique

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