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Sékou Kouyaté: «C’est vraiment une beauté, ma Guinée»

Photo: Alex Munro

Considéré comme le «Jimi Hendrix de la kora», Sékou Kouyaté a abattu toutes les frontières dressées devant le folklore de sa Guinée, semant le son de sa harpe africaine au creux de tous les styles musicaux. Métro lui a parlé de son pays d’Afrique de l’Ouest, encore aux prises avec la pire épidémie d’Ebola de l’histoire, peu avant son passage à Montréal.

Il y a une volonté apparente de construire des ponts dans votre musique, autant entre les cultures qu’avec les gens qui les portent.
Pour moi, la musique, c’est l’ouverture; elle ne connaît aucune frontière. J’avais le goût de tout faire avec la kora: du jazz, du blues, de tout! C’est pour cette raison que j’ai inventé la kora électrique en 1998, quand je suis allé pour la première fois en France avec mon papa, qui jouait de la kora lui aussi. Il ne faut pas oublier que la musique, c’est ouvert, et qu’il faut amener la kora au-delà de son univers folklorique traditionnel, jusque dans le hip-hop, le jazz, le reggae, jusque dans toutes les musiques!

L’épidémie d’Ebola qui a frappé votre pays a provoqué la fermeture de plusieurs frontières aux ressortissants guinéens. Était-ce exagéré, selon vous?
Ce virus a fait des ravages, et la Guinée a été un des pays les plus durement frappés par l’Ebola. Des frontières ont été fermées à cause de cela, c’est vrai, et je pense que ç’a beaucoup joué sur l’économie de mon pays. L’État a fait de son mieux pour éradiquer la maladie. Même nous, les artistes, avons fait beaucoup de chansons pour sensibiliser la population aux dangers du virus et à l’importance d’appliquer les règles sanitaires nécessaires pour empêcher le virus de se propager. Mais ça n’a vraiment pas été facile d’organiser notre tournée européenne en raison de la fermeture des frontières…

«L’important, c’est que les gens puissent vivre en paix, sans être tués comme des sauvages. Je pense que le pays est stable maintenant.» – Sékou Kouyaté, à propos des élections qui doivent se dérouler en Guinée cette année

La Guinée sera en récession cette année, alors que la Banque mondiale prévoyait une croissance de 4,5% avant la crise. Croyez-vous que les médias ont exagéré la menace que constitue l’Ebola, contribuant ainsi à éloigner les investisseurs du pays?
C’est vrai qu’il y a beaucoup de bailleurs de fonds qui sont partis du pays parce qu’ils avaient peur. Moi, je dis que les gens peuvent venir: tu viens pas en Guinée et t’attrapes l’Ebola, quoi! Mes cousins étaient exaspérés parfois en Europe, quand des gens refusaient de leur serrer la main parce qu’ils étaient Guinéens.

La Guinée s’est qualifiée pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations le mois dernier, soulevant les foules qui criaient «Ebola qualifié!» dans les rues de Conakry. Est-ce que cette qualification a mis un peu de baume sur l’amour-propre blessé du pays?
Ç’a été une grande source de fierté pour le pays, et une belle occasion de représenter les couleurs du pays. C’est vraiment une beauté, ma Guinée: il faut la voir!

Sékou Kouyaté & Joe Driscoll
Au Club Ballatou
Mardi soir à 20h30

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