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Petits paradis (fiscaux) à très gros prix

Photo: Getty

Pendant que partout les inégalités se creusent, mettant à mal l’État libéral et la solidarité sociale, des fortunes se prélassent sous les cocotiers, à l’abri de tout impôt. Le documentaire Le prix à payer révèle la nébuleuse par laquelle des sommes colossales réussissent à esquiver toute obligation fiscale.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 21 000G$ y seraient présentement stationnés, selon James S. Henry, ancien économiste en chef de McKinsey & Co. et auteur de l’étude The Price of Offshore Revisited, qui révélait, en 2012, l’ampleur des sommes échappant à toute ponction étatique dans le monde.

«Si les États sont en déficit, ce n’est pas uniquement parce qu’ils dépensent mal ou qu’ils dépensent trop, croit Brigitte Alepin, auteure du livre La crise fiscale qui vient, qui a inspiré Le prix à payer. C’est aussi parce que la machine à impôt ne fonctionne plus», explique-t-elle en entrevue à Métro.

Dans un monde où les frontières s’effacent devant les bien nommées multinationales, où les richesses, à l’instar des monnaies, deviennent de plus en plus intangibles et où les pays sont en concurrence fiscale pour héberger les fortunes bâties chez le voisin, le régime d’imposition élaboré il y a 100 ans pour répondre aux besoins de l’après-Grande Guerre doit être réinventé, selon Mme Alepin.

«C’est comme si aujourd’hui, le pacte fiscal sur lequel on s’est accordé il y a plusieurs centaines d’années est en ébullition, et que ça nous oblige à en renégocier un autre. Ça nous amène à redéfinir le pacte social et à nous demander jusqu’à quel point on veut conserver notre filet social», croit l’ancienne étudiante de Harvard.

«C’est comme si, 225 ans après la Révolution française, on était revenu au point de départ.» – Brigitte Alepin, auteure de La crise fiscale qui vient, constatant que les privilèges associés à l’évitement fiscal sont similaires à ceux réservés à la noblesse française à la veille de la révolution de 1789.

Mme Alepin, qui a coscénarisé Le prix à payer avec le réalisateur Harold Crooks, s’inquiète du fait que ceux situés au sommet de la pyramide sociale ne remplissent plus leur obligation collective.

«C’est important de conserver la juste part d’impôts, parce que c’est une des bases de nos démocraties. Du moment que nous n’avons plus cette juste part d’impôts, dans quel système sommes-nous? Une dictature? Un système d’esclavage? Je suis très inquiète.»

Le prix à payer
À l’Excentris à partir de vendredi

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