«La Crimée est et restera russe»
Un an jour pour jour après l’annexion de la Crimée à la Russie, l’Ukraine semble avoir perdu pour de bon la péninsule baignée par la mer Noire. Métro a parlé avec Jacques Lévesque, professeur émérite de l’UQAM et spécialiste de la Russie, de l’avenir de la région au moment où un fragile espoir de paix voit le jour dans l’est de l’Ukraine, quelque 6000 morts plus tard.
Un an après le référendum d’annexion de la Crimée, croyez-vous que Vladimir Poutine a eu raison d’agir ainsi?
Tout ce qui s’est déroulé en Crimée a fait augmenter la cote de popularité de Vladimir Poutine en Russie. Le danger, cependant, c’est que ç’a encouragé son régime à devenir de plus en plus nationaliste, et dans le sens le plus rétrograde, avec une église domestiquée par le Kremlin. Pour illustrer la sujétion de l’église à l’État, rappelez-vous que le patriarche de Moscou, aux dernières élections, avait déclaré que c’était une bénédiction du ciel que la Russie puisse compter sur un leader comme Poutine. Vladimir Poutine joue une carte nationaliste qui marche auprès des radicaux. Mais il y a, maintenant, des gens qui trouvent qu’il abandonne la conquête de l’Ukraine et qu’il devrait aller jusqu’à Odessa avec ses troupes. C’est maintenant Poutine qui doit calmer le jeu auprès de cette frange radicale!
«Vladimir Poutine n’acceptait pas de voir les Occidentaux appuyer la révolution du Maïdan. Pour lui, c’était comme apporté son soutien à un coup d’État contre un gouvernement démocratiquement élu.» –Jacques Lévesque, professeur de science politique à l’UQAM et spécialiste de la Russie et de l’ancien empire soviétique
Maintenant qu’une désescalade est en cours dans l’est de l’Ukraine, quelle sera la suite?
La Crimée, à mon avis, c’est fait: elle est et elle restera russe. En ce qui a trait aux autres territoires saisis par les rebelles, les Russes vont plaider pour qu’ils aient une autonomie maximale par rapport au gouvernement central, exigeant même qu’ils aient un droit de veto. Moscou se gardera ainsi un pied dans la porte de la politique intérieure ukrainienne. Pour éviter que la Russie conserve un trop grand pouvoir en Ukraine, les Européens devront calmer ses ambitions et appuyer les revendications de Kiev.