Olivier Föllmi : la beauté du monde en récit
Le photographe et grand humaniste Olivier Föllmi a conclu lundi soir à Montréal la tournée québécoise qu’il effectuait dans le cadre des Grands explorateurs. Métro, qui vous avait présenté l’homme et son œuvre en juin 2015, était présent.
C’est d’abord par l’histoire de la série de photos qui lui a valu les honneurs du prestigieux World Press Photo, Fleuve gelé, que M. Föllmi a commencé la soirée.
Ce périple du jeune explorateur découvrant à même pas 20 ans le Zanskar, un des endroits les plus reculés du royaume himalayen, est celui d’une grande épopée aux accents allégoriques et à la portée universelle.
M. Föllmi a raconté sa rencontre avec Lobsang et Dolma, ceux-là même qui allaient accepter d’«offrir» leurs enfants au photographe d’origine suisse pour que ceux-ci puissent connaître le monde qui demeurait caché derrière «leurs» montagnes.
«J’ai une admiration sans faille pour ce sacrifice énorme fait par ces deux parents, qui est avant tout un grand geste d’amour pour leurs enfants», s’est rappelé M. Föllmi, toujours ému par la fable moderne dont il fut le héros.
Pendant des années, l’artiste et sa femme ont parcouru, accompagnés des enfants de Lobsang et Dolma, le long – et seul – chemin qui permettait alors de quitter le Zanskar: le fleuve Tchadar qui, gelé pendant une courte période l’hiver, offrait à ces enfants un sentier menant vers le monde moderne.
Motup et sa sœur Diskit revinrent dans leur village éduqués et ouverts sur le monde, mais aussi profondément attachés à leurs origines et aux couleurs de leur folklore, qui parvenaient à teinter l’existence austère promise par les montagnes qui les avaient vus grandir.
«J’avais peur de déculturer ces enfants en les amenant avec moi. Je suis très heureux de voir qu’aujourd’hui encore, ils demeurent très attachés aux traditions de leur village», a confié M. Föllmi, qui croit profondément que l’humanité, bien que diverse dans ses croyances et ses coutumes, ne fait qu’une.
Le deuxième segment de la soirée était consacré au travail photographique du conférencier, reconnu et applaudi aux quatre coins du globe. M. Föllmi braque sa lentille sur les visages qui forment le genre humain, exposant ce dernier dans toute la diversité de ses âges et de ses couleurs. Toujours il cherche à sublimer ses sujets – «les rendre dignes», a-t-il dit à un moment – se concentrant sur la beauté du monde plutôt sur la misère et la violence qui l’habitent – parce que «nos médias s’en chargent déjà très bien », a-t-il expliqué, ajoutant que de ne pas se concentrer sur l’harmonie d’un sourire serait, selon lui, une sorte de «trahison» par rapport à sa vision de la vie.
«L’humanité, c’est vous, c’est moi, c’est nous!»
-Olivier Föllmi
M. Föllmi a aussi fréquemment mis en scène des hommes, minuscules, au milieu de paysages à couper le souffle, dramatiques et immenses. C’est une approche fidèle à sa philosophie, qui place l’Homme en harmonie de la nature, et non en position de domination face à celle-ci.
«Si l’être humain coupe le lien qui l’unit à la nature, c’est lui qui perd le plus, croit-il. Le bonheur des générations futures dépendra de notre capacité à aimer notre planète», a-t-il ajouté à un autre moment.
M. Föllmi, visiblement ému par l’ovation par laquelle le public l’a remercié, s’est dit profondément touché par la tournée québécoise qu’il venait de conclure. La voix étranglée par l’émotion, il a tenu à remercier ce peuple du Québec «qui l’a profondément touché».
Venant de ce voyageur infatigable qui a côtoyé le monde et les Hommes comme peu peuvent se vanter de l’avoir fait, le compliment a fait mouche. Et le public de se lever une seconde fois…
M. Föllmi rapportera l’affection du public rassemblé lundi soir lors de ses prochains voyages. Son bagage sera peut-être un peu plus lourd, mais parions que le cœur, lui, n’en sera que plus léger…