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Une école autosuffisante voit le jour en Uruguay

Une école autosuffisante voit le jour en Uruguay
Photo: Metro World News

Métro a visité une école autosuffisante construite avec l’aide du réputé architecte Mike Reynolds, spécialiste de l’écoconstruction.

En général, en Uruguay, les cannettes, les bouts de carton et les bouteilles de verre finissent au dépotoir. Et pourtant, c’est en grande partie à l’aide de ces matériaux qu’une bande d’amis uruguayens, inspirés par le travail de l’architecte américain Mike Reynolds, l’homme à qui on doit les «géonefs» – des constructions entièrement autonomes –, ont décidé de bâtir une école publique.

Martin Esposito est un de ces amis. Il est le coordonnateur de Tagma, l’organisme sans but lucratif fondé afin d’assurer la réalisation de ce projet. «Il y a quatre ans, dans notre groupe d’amis, personne ne connaissait quoi que ce soit à la construction, mais nous souhaitions tous créer quelque chose de plus grand que nous – une école, celle que nous aurions rêvé de fréquenter quand nous étions enfants.»

Après avoir pris contact avec les représentants d’Earthship Biotecture, l’entreprise de Mike Reynolds, et avoir suscité leur intérêt, ils ont commencé à réaliser leur rêve à Jaureguiberry, un village situé à environ 80 km de la capitale uruguayenne, Montevideo. Le groupe a présenté son projet aux 500 résidants de l’endroit, qui réclamaient une école depuis 25 ans. L’idée était d’utiliser le maximum de ressources locales afin de construire un bâtiment qui deviendrait un symbole de durabilité.

Grâce aux efforts de la communauté, 8 000 cannettes, 5 000 bouteilles et 2 000 m2 de carton ont été ramassés, tandis qu’un garage local a donné 2 000 pneus. Des matériaux traditionnels – qui ne sont pas des éléments d’une écoconstruction au sens strict –, notamment du bois et du verre, ainsi que des panneaux solaires et des réservoirs destinés à recueillir l’eau de pluie ont également permis la construction de l’école.

Le 1er février, sur un terrain donné par la municipalité du département de Canelones, les travaux – financés grâce aux programmes de responsabilité sociale de quelques sociétés privées – ont commencé. La veille, Mike Reynolds, respectable architecte de 71 ans rendu célèbre par le documentaire Garbage Warrior («Les combattants du recyclage»), et son équipe de construction étaient arrivés sur le site de la future école, en compagnie de 80 volontaires provenant de 30 pays (60 étaient des Uruguayens).

«Ils apprendront en vivant»
Le bénévole italien Francesco Fassina était sur le point de terminer sa thèse sur la durabilité en Suède quand il a entendu parler de ce projet d’école autosuffisante en Uruguay. Il a immédiatement voulu y prendre part, a fait ses bagages et s’est envolé vers l’Amérique du Sud. Aujourd’hui membre de Tagma, l’organisme sans but lucratif uruguayen qui a chapeauté la construction de la Escuela Sustentable (NDT : l’école durable), il croit que l’établissement scolaire «a le potentiel de changer notre mode de vie».

«Cette école enseigne quelque chose à partir de l’expérience qu’elle permet de vivre. Et elle ne nous enseigne pas uniquement des choses sur la durabilité, mais aussi sur la construction et les processus agricoles, notamment sur les soins à prodiguer aux plantes, sur la récolte des fruits et sur la façon de les manger. L’éducation, ici, porte sur la vie – cela va au-delà de la protection de l’environnement. L’enseignement offert aux enfants dépassera les limites  du tableau noir; ici, les enfants apprendront en vivant.»

Les bénévoles, qui n’ont pas eu peur de la chaleur étouffante de l’été, ont travaillé durant 30 jours à l’érection d’une école modèle de 270 m2 pouvant accueillir 100 enfants et comptant 3 classes de 50 m2 chacune, 2 salles de bains et une serre traversant tout le bâtiment.

Comment ça marche
À moitié enfouie sous un remblai qui agit comme une façade thermique, l’école est équipée de 10 réservoirs, qui contiennent 30 000 litres d’eau de pluie pouvant assurer de quoi boire durant 7 mois en cas de sécheresse. Cette eau passe dans une série de filtres afin d’être nettoyée : après le troisième traitement, l’eau peut être utilisée à des fins hygiéniques, notamment pour le lavage des mains. Après la cinquième filtration, elle est jugée potable. Les eaux usées servent quant à elles dans la serre, où les enfants font pousser des fruits et des légumes. Ce sont tous ces petits gestes qui incitent les enfants à respecter les cycles de vie de la nature.

Dans l’école, la température est contrôlée de façon naturelle, grâce à une approche exploitant à la fois la capacité thermique des matériaux, la toiture couverte de panneaux solaires et un système d’entrée d’air qui, relié à des conduites de ventilation, permet de
régler la température entre 18 ºC et 25 ºC. L’école peut même produire – grâce aux soins des professeurs et des élèves – ses propres fruits et légumes bios.

Le 16 mars, l’école a été officiellement remise à l’État uruguayen, responsable de l’éducation publique, et le 30 mars, 40 enfants qui avaient pris une part active à la construction de l’établissement en ont franchi avec un réel enthousiasme la porte d’entrée. «C’est grand, c’est lumineux, et il y a des plantes!» s’est d’ailleurs réjouie la petite Melina du haut de ses sept ans.

«Vivre en équilibre»

«Nous souhaitions construire une école qui bousculerait l’idée stéréotypée qu’on se fait de cette institution. Quand les parents se soucient vraiment de l’éducation de leurs enfants, les communautés se retrouvent au centre de tout apprentissage et de tout savoir, et cela prépare les enfants à faire face à l’avenir et à résoudre les problèmes que nous avons créés en étant incapables de prévenir les excès du développement.

Notre école est un lieu qui nous enseigne à vivre de nouveau ensemble et en harmonie avec la nature. Elle nous rappelle que nous pouvons repenser la façon dont nous vivons sur cette planète et commencer à nous concevoir comme une partie intégrante du monde.

Avec un peu de chance, nous comprendrons et nous nous adapterons à l’équilibre parfait de la nature, qui a eu la patience – que nous n’avons pas – de se développer sur plusieurs millions d’années. Dans cette perfection se trouve la clé d’une société différente.»

Martín Espósito – Coordonnateur pour Tagma