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Quand la fiction frappe plus fort que la réalité

violences sexuelles

Avez-vous déjà entendu parler­ des Central Park Five? Ce sont ces cinq jeunes hommes (quatre Afro-Américains et un Latino) accusés à tort, en 1989 à New York, d’avoir violé et laissé pour morte Trisha Meili, une joggeuse à Central Park. Bien que les preuves soient inexistantes, Antron McCray, Kevin Richardson, Yusef Salaam, Raymond Santana et Korey Wise (âgés de 14 à 16 ans) sont condamnés en 1990. Ils purgeront de 5 à 12 ans de prison pour ce crime qu’ils n’ont pas commis. Ce n’est que 12 ans plus tard, quand Matias Reyes (le vrai coupable) se confesse et que son ADN est confirmé, que les cinq hommes sont exonérés par la justice américaine et qu’une compensation de 40 M$ leur est offerte pour racheter cette erreur judiciaire qui leur a volé leur jeunesse et leur dignité.

Si cet événement majeur dans l’histoire judiciaire des États-Unis revient dans l’actualité, c’est que Netflix a lancé le 31 mai dernier When They See Us, une mini série choc sur les événements. En quatre épisodes, la réalisatrice Ava DuVernay (Selma, Le 13e) revient sur l’atrocité, l’horreur et les injustices qu’ont vécues les cinq adolescents. En quelques heures seulement, elle parvient à retracer le fil des événements. Le premier épisode est insoutenable à regarder. Ça m’a pris tout mon change pour ne pas exploser de rage. La violence que ces jeunes ont vécue durant leurs interrogatoires abusifs, sans pouvoir manger, boire ou aller aux toilettes, est frustrante. Comment les parents ont été écartés des interrogatoires alors que leurs garçons étaient mineurs. Comment leurs droits ont été bafoués. Comment ils ont été manipulés pour s’incriminer. Tout ça fait vomir! J’ai regardé les scènes de comparutions au tribunal les poings et les dents serrés. Ava DuVernay a gagné son pari, celui d’exposer le racisme ambiant qui sévit aux États-Unis depuis trop longtemps.

Il a fallu When They See Us pour qu’une conscience sociale s’éveille! Nous restons silencieux sur le sort de tant de victimes de bavures policières et de profilage.

La ligne entre fiction et réalité est très mince. Le jeu des acteurs est d’une justesse déconcertante. Beaucoup de scènes sont insoutenables et provoquent de profonds sentiments de frustration et de colère. La scène où on voit Korey Wise (seul à avoir été emprisonné dans un établissement pour adultes) s’imaginer ce que sa vie aurait pu être s’il n’avait pas été au parc ce soir-là m’a arraché des larmes. C’est bouleversant!

Linda Fairstein, la procureur­e qui a supervisé les interrogatoires, est au centre d’une controverse pour le rôle qu’elle a joué dans les accusations. Le mot-clic #CancelLindaFairstein a envahi Twitter et elle a dû démissioner de plusieurs conseils d’administration. Son éditeur vient de la larguer. Il a fallu When They See Us pour qu’une conscience sociale s’éveille! Nous restons silencieux sur le sort de tant de victimes de bavures policières et de profilage. Comment expliquer que la fiction choque plus que la réalité?

Beaucoup disent ne pas avoir le courage ni la force de regarder la série. Bien que je comprenne le traumatisme pour une personne noire de regarder cette série, je suis étonnée de constater la puissance de la fiction alors que chaque jour nous restons passifs devant tant d’injustices. La fiction ferait-elle plus mal que la réalité? Ou serait-ce plutôt qu’elle nous oblige à voir ce que nous refusons de voir?

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