La boîte à images
10:06 2 janvier 2020

Bye bye 2019: on ne peut plus rien dire

Bye bye 2019: on ne peut plus rien dire
Photo: Courtoisie - ICI Radio-CanadaLe Bye bye 2019 est revenu sur l'épisode du blackface de Justin Trudeau.

Pour une quatrième année consécutive, Simon-Olivier Fecteau et son équipe avaient les clés du véhicule pour le Bye bye 2019 d’ICI Radio-Canada Télé.

Pour cette reprise de collier, l’équipe de comédiens a été remaniée avec les ajouts remarqués d’Anne-Elizabeth Bossé et Guylaine Tremblay. Mehdi Bousaidan et Julie LeBreton se sont aussi greffés à Claude Legault et Patrice L’Écuyer, de retour après l’an passé. Quelques apparitions surprises ont ponctué le tout, notamment Pierre Brassard dans le rôle de François Legault, mais sinon le gros des segments reposait sur les épaules de Claude Legault.

Ça, c’est la petite recette de l’entreprise. Ce qui a marqué le visionnement des gens, cela dit, c’est le contenu proposé par cette équipe. C’est aussi là que les opinions divergent et divergeront, c’est inévitable.

Craindre les répercussions

Il y avait une hésitation palpable dans cette édition du Bye bye 2019. Quelque chose comme une crainte, sans doute acquise lors des trois dernières éditions, de se faire taper sur les doigts après coup. Ainsi, on se contentait souvent de montrer les choses sans les commenter, laissant le soin aux perruques et aux costumes de porter les gags.

Aventure périlleuse s’il en est une, les prouesses techniques ne constituent pas un substitut alléchant aux bonnes blagues.

On se retrouve donc avec de nombreuses instances, comme le blackface de Justin Trudeau ou «mes poils», où le Bye bye se contente d’énumérer des éléments de l’actualité sans rien ajouter. Par exemple, les allusions répétitives aux changements dans les identités de genres sont incluses dans des sketchs comme une liste d’épicerie tenue distraitement dans une main en poussant cavalièrement un panier dans les allées.

Il serait malhonnête d’écarter tout de ce Bye bye 2019 parce que le ton était majoritairement frileux. Par contre, il est difficile de passer par-dessus cette impression qu’on assistait à la représentation assez explicite d’une expression autour de laquelle s’articule des centaines de chroniques médisantes par année au Québec: «On ne peut plus rien dire icitte asteure».

Non seulement l’enjeu a été relevé dans un sketch alors qu’on faisait référence à une controverse d’un Bye bye antérieur sur l’utilisation d’un acteur blanc pour jouer un personnage de couleur, mais il était sous-jacent à plusieurs approches dans cette heure de télé lorsqu’on parlait, notamment, des collisions entre les générations et les cultures.

Problème de représentativité

Il y a aussi c’est aberration évidente à propos de la représentativité. C’était pourtant un sujet très chaud cette année. Vous pourriez souligner la présence de Mehdi Bousaidan et de deux femmes dans la distribution, mais sentiez-vous vraiment l’inclusion et la polyphonie? Les mains lourdes de la production étaient partout dans ce Bye bye et l’angle d’approche sur les sujets assez homogène. Ce n’est pas forcément un défaut, mais l’équipe en place a peut-être besoin d’un pas de recul afin de se remettre au diapason des gens autour.

Ce Bye bye 2019, prisonnier de son besoin de ne pas froisser personne, a aussi oublié l’essentiel: faire rire et réfléchir.

Les meilleurs moments ont eu lieu quand on s’éloignait de l’imitation à tout prix et qu’on laissait la place aux blagues courtes et au jeu des interprètes. Anne-Elizabeth Bossé en Céline Dion, par exemple, a trouvé une façon bien à elle de nous montrer la diva de Charlemagne. Bousaidan en influenceur a aussi tiré son épingle du jeu.

Pour le reste, vous étiez servis si les prothèses et les perruques vous font sourire. Ce n’est pas mon cas, alors je suis resté sur ma faim.

Un truc qui me fascine particulièrement, en regardant l’énergie déployée chaque année sur le Bye bye, c’est le manque de perspectives. On se conforte dans une façon de faire qui récolte de bons chiffres auprès de l’auditoire et on ne laisse pas trop d’espace à la création de propositions différentes.

Pourtant, le talent est là, surtout au niveau de l’écriture. L’expérience aussi est farouchement solide dans cette équipe. Sauf que cette même expérience est peut-être la béquille qui empêche cette entreprise de réellement se démarquer. La sagesse de savoir que le Bye bye est condamné de toute façon et que, le 6 janvier, tout sera oublié lors du retour au train-train quotidien.

Ce n’est pas une raison de se contenter d’agripper les fruits mûrs plus bas sur l’arbre, mais ça explique un peu mieux le manque de couleurs de ce Bye bye 2019.

Dommage.