Carla Beauvais

BlackFace vs Poker Face

BlackFace vs Poker Face
Photo: Carla Beauvais

La semaine dernière, j’ai visionné Hello Privilege. It’s Me Chelsea sur Netflix.

En résumé, dans ce documentaire, l’humoriste américaine Chelsea Handler explore la notion du white privilege en Amérique.

Beaucoup réfutent l’existence de ce concept et ne comprennent pas les mécanismes qui perpétuent certains clivages et disparités sociales.

Ils se contentent d’individualiser le problème, alors qu’il est systémique et ancré dans la construction et le fondement même de nos sociétés.

L’ignorer malgré les statistiques et l’histoire est clairement un privilège que certains peuvent se permettre.

C’est aussi une sacrée bonne manière d’éviter d’affronter la réalité et d’éviter de s’interroger sur les principes inégalitaires qui continuent à ronger nos structures sociales.

Une chose m’a profondément marquée dans le film: la propension des personnes non touchées par les effets pervers de la discrimination et du racisme à dicter comment ceux et celles qui les vivent devraient agir, se sentir ou s’exprimer.

Et tout ça m’amène à vous parler, bien malgré moi, de l’affaire Trudeau et de son blackface.

Dans le chaos d’opinions sur le sujet, je pense que mon humble avis sur le geste du premier ministre n’a aucune importance.

Pour avoir eu la possibilité de discuter, il y a trois ans, du blackface et de ses répercussions sur l’imaginaire collectif à Tout le monde en parle aux côtés de Louis Morissette et de Webster, je peux confirmer qu’il faut parfois se ménager et prendre ses distances.

Ce que je déplore à la suite des événements de la semaine dernière est le traitement médiatique de la question du racisme et de la discrimination systémique.

On a beau vouloir faire comprendre l’impact de ce geste, si nos interlocuteurs n’ont pas les connaissances historiques et l’ouverture nécessaires pour assimiler, ou du moins ressentir, les traumas de l’identité noire, c’est peine perdue.

Ce que je déplore à la suite des événements de la semaine dernière est le traitement médiatique de la question du racisme et de la discrimination systémique.

J’ai refusé toutes les demandes d’entrevue pour commenter la saga Trudeau. Pourquoi?

Parce que j’en ai marre qu’on traite du racisme seulement en réaction à ce qu’un Blanc a fait.

Je suis tannée qu’on appelle les gens des communautés noires seulement quand on veut les faire réagir sur des événements controversés de l’actualité.

Ça m’a pris du temps pour comprendre que je ne devais plus prêter ma voix à ce cirque médiatique qui ne change rien aux problèmes structurants qui continuent de persister.

Il n’y a pas assez de gens dans nos médias mainstream qui comprennent la complexité des enjeux entourant le racisme.

Ce n’est pas un reproche, c’est la réalité.

Voir un panel de cinq personnes non afrodescendantes débattre de la question du blackface est un non-sens.

Le racisme est réel. Il y a de véritables enjeux qui méritent d’être débattus. La discrimination affecte la réalité de plusieurs de nos concitoyens. Leurs expériences demeurent silencieuses et marginalisées. Les médias ont un rôle important à jouer dans cette réconciliation des expériences qui passe par la production de contenus portant à la réflexion et à la compréhension.

On doit parler des questions d’identité et de discrimination au-delà des émotions et de l’affrontement.

Un vrai dialogue est nécessaire pour changer les choses, et ça passe par arrêter cette hypocrisie médiatique.

La prochaine fois que vous penserez à appeler un Noir pour commenter une histoire de blackface, demandez-vous pourquoi vous avez ignoré l’histoire de profilage racial qui a coûté la vie à un jeune père de famille.

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