Dalila Awada

Tendre l’autre joue?

Tendre l’autre joue?

Il n’y a pas qu’une façon acceptable de réagir à quelqu’un qui vous lance un propos raciste. 

À l’instar du chef du NPD, Jagmeet Singh, qui en entend souvent des vertes et des pas mûres, on peut réagir avec calme et gentillesse.

Lors de la course à la chefferie en 2017, c’est ce qu’il avait fait lorsqu’une femme l’avait agressivement interpelé en l’accusant de propager la charia.

Pour un politicien, on devine aussi que réagir autrement n’est pas souhaitable.

Dans une entrevue, Gurratan Singh, le frère de Jagmeet, expliquait néanmoins que ces réactions posées sont le reflet fidèle de la personnalité de son frère, même loin des caméras.

Il m’a toujours semblé qu’il faudrait pouvoir réagir en concordance avec notre personnalité.

Puisque nous n’avons pas tous le même caractère ni les mêmes expériences de vie, une main tendue ne peut être la seule manière acceptable de répondre à un abus verbal. 

Pour ma part, je n’ai pas de «stratégie» particulière vis-à-vis des insultes.

Ça dépendra des jours et des circonstances…

Est-ce le deuxième commentaire dégradant cette semaine? Est-ce que je passe déjà une mauvaise journée? Est-ce qu’une certaine insulte touche une corde sensible? Ou alors n’ai-je tout simplement pas envie d’être patiente avec une personne qui s’autorise à lancer des insultes dans la rue, dans le bus, à l’épicerie, au centre commercial, et dans bien d’autres lieux encore?

Cependant, il y a certaines attentes envers celles et ceux qui subissent ces abus langagiers.

On encense les réactions calmes. On les trouve plus nobles. Voilà la bonne façon de répondre au racisme selon plusieurs: ne pas en faire une scène, car c’est en restant calme qu’on s’élève.

Peut-être que certains saluent ce type de réactions parce qu’elles sont moins inconfortables?

J’ai souvent entendu l’argument selon lequel une attitude calme et patiente est plus constructive.

Comme une occasion qui s’offre pour démanteler un préjugé. Ou bien que c’est plus sécuritaire parce que ça évite le risque d’une escalade de violence.

Il y a bien sûr une panoplie de raisons légitimes qui expliquent que des victimes préfèrent rester courtoises ou s’éloigner en silence.

Une interaction idéale en société n’est certainement pas ponctuée d’insultes et chargée de tension, mais le fardeau de la «bonne attitude» ne devrait pas reposer sur les épaules des personnes visées par les agressions verbales à caractère raciste.

On ne peut pas toujours prédire comment les sentiments d’humiliation, de douleur et d’injustice se réveillent et se manifestent.

«Le fardeau de la “bonne attitude” ne devrait pas reposer sur les épaules des personnes visées par les agressions verbales à caractère raciste.»

Alors, que les victimes du racisme s’impatientent, haussent le ton, confrontent ouvertement, répondent avec la même grossièreté, et même qu’elles fassent une scène si ça leur chante.

Peut-être que tout cela ne contribue pas à changer la perception des personnes haineuses.

Mais ces dernières y regarderont probablement à deux fois avant d’insulter à nouveau une personne dont elles n’aiment pas l’apparence.

Je crois que certains jours, ce sera toujours ça de gagné.

Le travail de rapprochement et de déconstruction des préjugés pourra se faire une autre fois.

Articles similaires