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Denise Bombardier et les francophones hors Québec

Denise Bombardier et les francophones hors Québec
Photo: ICI Radio-Canada Télé

Jamais compris, pour tout dire, l’engouement autour de Denise Bombardier. Au-delà du langage et de la rhétorique, qu’elle maîtrise à merveille, ses opinions semblent d’ordinaire fondées sur des préjugés de caste, ou encore galvanisent la caricature carrée. Québec solidaire, une menace pour la démocratie, vraiment? S’insurger que des «voilées» comptent contester judiciairement la Charte des valeurs 2.0., dénonçant dès lors leur prétendu «refus de s’intégrer à leur société d’accueil»? Comme si une musulmane ne pouvait et ne pourra, au grand jamais, être considérée comme Québécoise à temps plein. Comme si les libertés, au Royaume de Denise, étaient à géométrie variable. La belle affaire.

Bah, Bombardier, une «éclabousseuse», de me dire en ondes un ami morning man. Une François Lambert, culture et syntaxe en prime. Bref, ignorons. Sauf exception. Comme ici. Parce que les faits ont des droits.

De passage à TLMEP dimanche, la polémiste y va du coup de gueule suivant: «Au Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu.»

La réplique n’a évidemment su tarder: «Madame, 2,7 millions de francophones vous écoutent et comprennent», de tweeter Ricky Richard. «C’est en effet choquant de voir comme de vieux clichés basés sur des préjugés continuent d’alimenter la profonde ignorance des Québécois sur ce qui se passe hors Québec concernant la francophonie», d’ajouter l’auteur Bruno Lagacé.

En fait, ces commentaires désobligeants envers les francophones hors Québec ne sont pas nés d’hier, René Lévesque comparant ceux-ci à des «dead ducks», et Yves Beauchemin de les qualifier de «cadavres encore chauds».

Ce type d’allégations m’avaient amené à consacrer ma thèse de doctorat en droit sur le fait français au Canada*. J’ai pu alors découvrir une quantité appréciable de mythes entretenus depuis trop longtemps, gangrénant le discours politique et médiatique. On apprend notamment que depuis l’adoption de la Charte canadienne de 1982, la grande majorité des provinces se sont dotées d’une loi sur les services en français. Que depuis 10 ans, on compte une augmentation de 40% des séjours en immersion francophone. Qu’un nombre incalculable d’écoles primaires et secondaires ont été construites depuis. Que la même situation vaut pour les commissions scolaires gérées exclusivement par des francophones. Que la Cour suprême force dorénavant les gouvernements provinciaux à être plus généreux, au besoin, avec leur minorité qu’avec la majorité anglophone. À cela s’ajoute le fait que le Nouveau-Brunswick est depuis 1982 la province la plus institutionnellement bilingue au pays, et que l’Ontario est actuellement en train de se doter d’une université entièrement francophone.

Autre découverte? Que jamais le gouvernement québécois n’est allé prêter main-forte aux francos hors Québec devant les tribunaux. Pire: à trois reprises, il s’est dépêché en Cour suprême afin de faire rejeter les revendications de ceux-ci. Que ses budgets dédiés à la francophonie sont microscopiques.

Morale de l’histoire? La bataille est loin d’être gagnée, certes. Mais le progrès se fait sentir, particulièrement sur le plan juridique. Et qu’il serait bon, comme francophile autoproclamée, de faire preuve d’un minimum de bienveillance. Notamment en cessant de colporter des bêtises et autres préjugés en provenance d’une autre époque.

*Maintenant publiée sous le titre Charte canadienne et droits linguistiques: pour en finir avec les mythes (PUM), disponible dans toutes les bonnes et mauvaises librairies.

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