Le Sportnographe

L’importance d’être méCHant

L’importance d’être méCHant

Il se fait tard pour dire à Canadien qu’il lui faudrait être méchant s’il veut faire les séries.

Mais, better late than never, comme le veut l’expression que j’aurais pu utiliser en français, mais que j’ai choisi d’écrire en anglais pour paraître cool et donner faussement plus de poids à mon argumentaire. Hey! C’est ben méchant, que je vous entends me dire. Oui. Je m’explique.

L’humain est-il méchant par essence? Certains le pensent. Par volonté? Certains, encore plus nombreux (autant que ceux qui croient que Canadien ne fera pas les séries), le pensent tout autant. Et je suis de leur bord. Pour être méchant, ça prendrait donc une intention; bref, il faudrait exprimer la volonté de l’être, comme dans mon attaque ci-haut envers les millénariaux.

Or, Socrate pensait que «nul n’est méchant volontairement», que je vous entends ajouter. C’est vrai. C’est d’ailleurs ce qu’avait dit Paul Byron pour se justifier après avoir assommé MacKenzie Weegar des Florida Panthers il y a quelques mois. Toutefois, pour Socrate, ça ne voulait pas dire que la méchanceté est le résultat d’une maladresse ou d’une erreur, mais le résultat d’une ignorance crasse. Dans le cas de Byron, qui avait étampé la face de Weegar dans bande, il pensait simplement compléter sa mise en échec, alors que, dans le fait, il risquait de le tuer. Pour Socrate, la connaissance protégerait de la méchanceté; ainsi, si Byron avait su, il aurait, selon lui, agi différemment. Perso, je pense que Socrate était dans les patates avec cette idée.

Je reviens à cette idée de la volonté, qui serait nécessaire pour être méchant. Un autre philosophe, Schopenhauer, pensait que la méchanceté de l’humain était insurmontable par le savoir puisqu’elle fait partie de ce qu’il appelait le vouloir-vivre. Ainsi, l’humain voulant toujours plus de bébelles et être plus fort que son voisin, il aurait notamment recours à la méchanceté pour y arriver.

Cela s’est malheureusement perdu au fil des ans chez Canadien. Jadis, Canadien fut réellement méchant et voulait l’être. À titre d’exemple, je pense à Patrick Roy qui, en pleines séries 1993, a affirmé qu’il fallait arrêter de respecter les Nordiques si Canadien voulait les torcher. Ce qu’ils firent par la suite (grâce aussi à Ron Hextall, mais bon, on se comprend).

Idem quand Chris Nilan droppait les gants contre Jay Miller du Boston; ça ne se terminait pas par une tite tape sur les foufounes pour se féliciter d’avoir donné un bon show. Non. Ça s’invitait à se tuer après le match. C’est ce que Vladimir Jankélévitch appelait le sérieux de l’intention.

Jankélévitch a aussi écrit ceci: «Agir de manière méchante, ça ne veut pas dire être méchant foncièrement.» C’est ainsi qu’il suffit aux plus grands corrupteurs de ce monde de faire un acte de bonté pour être ensuite pardonnés, et retrouver leur statut de bons gars.

Canadien doit-il affirmer et déployer sa méchanceté au cours des prochains matchs pour faire les séries? Je le pense. Il n’aura qu’à dire ensuite que ses adversaires sont, au fond, des humains comme eux et qu’ils représentaient de grosses équipes dures à jouer contre. Et tout sera pardonné. Que Canadien tout-puissant agisse et que sa volonté d’être méchant soit faite.

Commentaires 1

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  • Marcel Brochu

    Pourquoi écrivez-vous toujours « Canadien » dans vos chroniques ?
    Et non « le Canadien » ou « les Canadiens » ?

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