Le Sportnographe
03:30 31 janvier 2020 | mise à jour le: 30 janvier 2020 à 23:31 temps de lecture: 3 minutes

Canadien se fait plaisir

Canadien se fait plaisir

Vous ne me verrez pas écrire ici que Canadien est un apôtre de la masturbation. Canadien est une religion au Québec, ses joueurs ne se touchent pas. Toutefois, l’organisation Canadien, elle, se fait plaisir. J’entends ici démontrer en quoi ce plaisir n’est pas de la joie.

Au cours de la dernière semaine, Canadien était en vacances. Quand ça arrive, le sens de mon existence perd le nord, et je me ramasse souvent dans ma librairie de quartier. J’hésitais donc entre la biographie de Serge Savard et le livre des meilleures blagues de Michel Beaudry, quand un autre bouquin m’a soudainement fait de l’œil: L’énergie spirituelle. Essais et conférences, du philosophe français Henri Bergson, paru en 1919. C’est lui que j’ai acheté.

Pour Bergson, le plaisir est de l’ordre de l’artifice et du superficiel, alors que la joie est profondeur et destination de l’existence. Pour bien saisir la nuance entre les deux, prenons un exemple: un entrepreneur capitaliste (nous l’appellerons Geoff Molson) tirera du plaisir sans vergogne du fait de récolter les profits de son entreprise, alors qu’un entrepreneur mu par des valeurs humanistes éprouvera de la joie à l’idée que son entreprise d’économie sociale serve sa communauté.

Pourtant, Geoff Molson a l’air triste lorsqu’il se pointe devant les médias depuis quelques saisons. Comment est-ce possible d’être si triste alors qu’on se fait plaisir, demandez-vous ?

Mon nouveau philosophe préféré a une réponse toute prête pour cette question. On peut avoir du plaisir tout en étant triste; mais une joie triste, c’est impossible.

Plaisir et tristesse

Exemple. Supposons que vous faites partie des rares chanceux qui sont en couple depuis très longtemps et qui continuent de faire l’amour à un rythme effréné.

Si vous faites l’amour toujours de la même manière, vous aurez certainement du plaisir, mais il est fort possible que vous éprouviez parallèlement de la tristesse de toujours faire ça dans la position du missionnaire.

La joie, elle, est incompatible avec la tristesse, je le disais.

Pour reprendre cet exemple, deux amants seront joyeux de jouir d’une nouvelle manière, alors qu’ils craignaient d’être tristes en pensant à la possibilité qu’ils n’y arriveraient pas, vu l’aspect acrobatique de la position.

La joie, c’est aussi le sourire de Jesperi Kotkaniemi qui réinvente chaque soir la façon de rater le filet d’au moins douze pieds.

Mais revenons à Canadien, l’organisation: si elle se fait ainsi plaisir depuis tant d’années, est-ce normal que j’aie l’impression de me faire fourrer en tant que partisan? Clairement.

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