Maïtée Labrecque-Saganash

Greyhound et le transport en région

Greyhound et le transport en région
Photo by: Darryl Dyck/La Presse canadienneThe Greyhound logo is seen on one of the company's buses, in Vancouver, on Monday July 9, 2018. Greyhound Canada says it is ending its passenger bus and freight services in Alberta, Saskatchewan and Manitoba, and cancelling all but one route in B.C. -- a U.S.-run service between Vancouver and Seattle. As a result, when the changes take effect at the end of October, Ontario and Quebec will be the only regions where the familiar running-dog logo continues to grace Canadian highways. THE CANADIAN PRESS/Darryl Dyck

N’ayant pas de permis de conduire, je suis une grande utilisatrice des services de train et d’autobus, surtout quand je dois me rendre dans le Nord. Même si les voyages chez moi durent 12 heures et me tuent le dos, j’adore prendre les Autobus Maheux. J’y croise toujours des gens que je connais, les chauffeurs sont sympathiques et ce sont des services importants pour nos communautés isolées. Le bus offre une solution de rechange sécuritaire, surtout pour des personnes comme moi qui ne sont pas trop à l’aise d’embarquer avec n’importe qui dans des services de covoiturage.

Cette semaine, Greyhound a annoncé sa décision de cesser ses activités en Saskatchewan, au Manitoba et en Alberta, dont plusieurs trajets qui se rendaient dans les communautés autochtones. Seul le trajet de Vancouver à Seattle sera offert après le 31 octobre prochain. Cette annonce a non seulement semé l’inquiétude chez les municipalités de l’Ouest, mais aussi chez les organisations autochtones.

Comme l’a indiqué Emily Riddle, une Nehiyaw (Crie) de l’Alberta, dans le Globe And Mail, cette décision est une atteinte à la sécurité des Autochtones, qui devront se tourner vers l’auto-stop pour se déplacer vers ou en dehors de leur territoire. Elle rappelle que, dans le rapport provisoire de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, plusieurs communautés consultées en régions ont souligné le besoin criant d’avoir des transports accessibles et réguliers, afin que les femmes cessent d’embarquer avec des inconnus. Dans des endroits où il n’y a pas de signal et où les routes sont peu fréquentées, si le pire arrive, il est peu probable que quelqu’un soit alerté à temps. Pour mieux comprendre comment le manque de fonds injectés dans les transports nuit aux femmes autochtones, le documentaire Highway of Tears est à regarder.

En avril, j’ai croisé les journalistes de La Presse Philippe Teisceira-Lessard et Édouard Plante-Fréchette à Chisasibi. En territoire eeyou pour un reportage, ils ont fait Montréal-Chisasibi en autobus, pour montrer l’importance de ce service dans une région où la population n’est pas dense. L’entrevue avec Linda Neacappo confirme mes observations d’utilisatrice fréquente: les femmes et les aîné-es autochtones éprouvent un sentiment de sécurité dans les autocars. Comme le dit le reportage, le bus est également bénéfique pour le développement de PME dans nos communautés, car faire venir de la marchandise en bus est beaucoup moins coûteux que par avion. Depuis quelques années, on constate aussi que les gens préfèrent envoyer leur courrier par autobus par souci de fiabilité.

Chaque fois que je prends le bus, j’y vois de jeunes filles seules, des aîné-es et je peux dormir en sachant que je suis en sécurité. Le transport en région rurale est nécessaire pour bien d’autres raisons que la sécurité des Autochtones, même si, possiblement, sauver des vies devrait logiquement être un argument béton.

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