Maïtée Labrecque-Saganash

Stérilisation forcée

Stérilisation forcée

Cette semaine, un article de CBC qui parlait de stérilisation forcée de femmes autochtones au Canada est devenu viral sur les réseaux sociaux. C’est pourtant quelque chose dont on entend parler depuis un moment déjà dans nos communautés. Quand on en parle en dehors des réserves, nos inquiétudes sont souvent balayées du revers de la main, et on se fait dire que ce sont des légendes urbaines. Les histoires qu’on m’a racontées datent un peu, et je me disais que c’était trop violent pour arriver encore aujourd’hui.

Mais selon une poursuite judiciaire intentée contre le Saskatoon Health Region, le plus récent cas dénoncé remonte à 2017. Soixante femmes autochtones ont raconté leur histoire, juste dans la région de Saskatoon. La poursuite parle non seulement de ligature des trompes, mais aussi d’avortements forcés. «Si tu ne te fais pas avorter maintenant, nous allons prendre ton enfant d’une manière ou d’une autre.» C’est ce qu’on aurait dit à Liz à l’hôpital, avant de la forcer à procéder à la ligature de ses trompes. Liz n’est pas la seule. Des rapports en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario et dans les Territoires du Nord-Ouest révèlent que ça arrive encore à l’heure actuelle. 

Ça fait aussi quelques fois que j’entends dire que des infirmières ou des médecins insistent sur la contraception auprès des femmes autochtones dans les communautés, sous prétexte qu’elles sont pauvres et ne devraient pas avoir d’autres enfants. Bien qu’ils pensent probablement faire une bonne chose, ce n’est pas une décision qui leur appartient, et si une femme refuse la contraception, ça devrait s’arrêter là.

La poursuite intentée contre le Saskatoon Health Region parle beaucoup de cette pression de la part du personnel médical, peu importe la forme qu’elle prend. Souvent, on a profité de situations où des femmes étaient en train d’accoucher et on les a poussées à se faire stériliser. On les a menacées et on leur a dit qu’elles ne pourraient pas voir leur nouveau-né ou quitter l’hôpital si elles ne se faisaient pas ligaturer les trompes.

Les violences obstétricales et institutionnelles de ce type me font réaliser toute l’importance d’avoir des services de sages femmes dans nos communautés. À Chisasibi, nous avons maintenant un groupe de sages femmes reconnues par le ministère, et le Cree Health Board travaille activement à recueillir le savoir traditionnel sur l’accouchement. Pour ceux qui disent que c’est dangereux, nos grands-mères arrivaient à accoucher dans le bois comme des championnes il n’y a pas si longtemps.

Je suis aussi rassurée de voir que des femmes comme la sénatrice Yvonne Boyer et la Dre Judith Bartlett travaillent pour que des pratiques comme la stérilisation forcée cessent au Canada. Juste l’écrire me lève le cœur.

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