Maïtée Labrecque-Saganash
03:30 13 décembre 2019 | mise à jour le: 12 décembre 2019 à 23:20

Imposteurs

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Si vous n’avez pas encore regardé le reportage d’Enquête et d’Anne Panasuk sur les faux chamans québécois œuvrant en Europe, je vous conseille de le faire.

Les recherches ont révélé que Luc Bourgault, alias Aigle Bleu, et Marcel «Gill» Grondin ne sont pas Autochtones. Luc Bourgault le dit lui-même sur son site web. Il a supposément été visité par un ancêtre autochtone dans ses rêves qui lui aurait fait part de son héritage.

Pour les Européens qui paient de grosses sommes pour le voir réaliser des «pratiques chamaniques», c’est une explication suffisante et qui tient la route. Dans ses présentations, Marcel Grondin va jusqu’à voler des photos de vrais enfants autochtones et à dire que ce sont ses petits-enfants. Il n’a pas d’enfants.

À la suite du reportage, le conseil de bande de Wendake a fait savoir dans un communiqué de presse qu’il laissait 48 heures à Marcel Grondin et à Luc Bourgault pour quitter les établissements qu’ils louent dans la communauté. Grondin y avait une clinique multidisciplinaire bizarre, qui était en fait illégale. Bourgault y avait le siège social de sa société de «parfums chamaniques». 

Comme vous le savez probablement, mon père, mes tantes et mes oncles ont été arrachés à leur famille à un très jeune âge, pour être envoyés dans des pensionnats.

Là-bas, on leur a interdit d’être des Eenouch (Cris). Ils ne pouvaient pas parler leur langue et évoluer dans leur culture. Vous comprendrez qu’il est donc insultant de voir des gens mentir sur leur identité et s’approprier la nôtre, alors qu’on nous a interdit d’être des Autochtones pendant des siècles.

Je trouve fascinant l’engouement que suscitent ces chamans autoproclamés. 

Beaucoup d’entre nous ont même encore du mal à être en paix avec notre héritage culturel, alors que des allochtones vont jusqu’à voler nos noms de famille pour s’inventer une identité, comme dans le cas de Marcel «Gill» Grondin. Ces charlatans font aussi beaucoup d’argent. Leurs visites en Europe leur rapportent des dizaines de milliers de dollars. 

Ce que je trouve fascinant c’est de voir l’engouement que suscitent ces chamans autoproclamés. On nous traite en véritables mascottes qui se donnent en spectacle, pour des Européens en quête d’exotisme.

Le fait que certains vont même jusqu’à faire de l’argent en présentant une caricature de nous, c’est décourageant.

Vous irez lire les commentaires sur le blogue d’Aigle Bleu. Parmi les propos, on y trouve ceux d’un homme de Nantes qui dit vouloir connaître son «animal totem». Je vous annonce que ça ne marche pas comme ça. Aigle Bleu lui répond qu’il donnera un stage sur les animaux totems en France en 2020. Je vous annonce que ça ne marche pas comme ça non plus. 

Le Canada connaît une grande vague de dénonciation des cas de raceshifting. Beaucoup de gens me disent qu’ils ont du «sang autochtone» pour tenter de faire la conversation avec moi. Souvent, ça relève d’une rumeur qui court dans la famille et qui n’a pas trop de fondement, mais ces gens-là ne font pas nécessairement d’argent avec cette information.

Par contre, certaines personnes comme Joseph Boyden, Sherri Rollins, Marie-Josée Parent et les deux guignols dont je parle plus haut fondent leur carrière là-dessus. Il est là le problème.

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