Houssein Ben-Ameur
03:30 28 octobre 2019

Leçons d’une élection

Leçons d’une élection

Justin Trudeau et les libéraux l’ont échappé belle. Une semaine avant le scrutin de la semaine dernière, les sondages donnaient les conservateurs gagnants par une très légère marge. Puis, comme par un coup de baguette magique inespéré, rapidement, la tendance s’est inversée et les libéraux ont gagné au sprint final, sans grand panache, sauvant les meubles à la suite d’une longue et singulière campagne qui nous a tenus en haleine. Pour
le passionné de politique que je suis, ces élections ont été fort captivantes et très intéressantes à suivre.

Une des raisons du succès relatif des libéraux est sans doute l’appel de Justin Trudeau au vote stratégique. Devant la possibilité d’un gouvernement minoritaire conservateur, avec un chef qu’on peut qualifier de réactionnaire, anti-avortement, pas très favorable aux droits des LGBTQ+ et des minorités en général, sans véritable plan pour l’environnement, plusieurs se sont décidés à se pincer le nez et à voter libéral pour bloquer les conservateurs.

La société canadienne étant foncièrement progressiste, les Canadiens votent majoritairement à gauche du spectre politique: PLC, NPD, Parti vert et Bloc. Le vote du parti conservateur, quant à lui, récolte autour du tiers du vote populaire, avec un maximum de 39% en 2011. Cette tendance est si ancrée dans les valeurs profondes de ce pays qu’il serait invraisemblable de la voir changer à moyen terme.

Une des raisons du succès relatif des libéraux est sans doute l’appel
de Justin Trudeau au vote stratégique.

Houssein Ben-Ameur

Le Québec, qui est une nation distincte jusque dans ses orientations politiques et le choix de ses élus, nous a habitués à une certaine imprévisibilité du vote. Nous n’avons pas été déçus avec cette spectaculaire «vague» bleu ciel qu’on ne voyait pas vraiment venir il y a à peine quelques mois. Le Bloc québécois qu’on croyait complètement anéanti, ruiné, a su se relever et reconquérir haut la main plusieurs de ses territoires perdus.

Le NPD cependant a quasiment tout perdu au Québec: les signes religieux de son nouveau chef y sont clairement pour quelque chose. Seul résiste encore et toujours ce petit village d’irréductibles néo-démocrates qu’on appelle Rosemont. 

À Montréal, justement, on a vu les rouges rafler la mise d’une manière
spectaculaire. C’est là que le vote stratégique a certainement le mieux fonctionné. Contrairement à ce que disent certains analystes nationalistes identitaires et plusieurs commentateurs de l’extrême droite sur les réseaux sociaux, les libéraux n’ont pas gagné Montréal et ses environs «à cause» des immigrants et des néo-Québécois.

Les Montréalais, qu’ils soient «de souche» ou non, ont voté essentiellement pour le parti qui avait le plus de chance de battre les conservateurs. Les Montréalais, avec toute leur diversité, toutes catégories confondues, ne voulaient pas d’un premier ministre réactionnaire qui remettrait en cause les acquis des femmes et des minorités. 

Quant au Bloc, il n’a pas fait d’efforts pour convaincre les Montréalais et attirer leur sympathie et leur vote. Les bloquistes se sont inspirés de la stratégie identitaire de la CAQ et ont donc obtenu le même résultat que cette dernière dans la région de Montréal: pas grand-chose.

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