Tribune libre
05:30 1 décembre 2020 | mise à jour le: 1 décembre 2020 à 07:12 temps de lecture: 6 minutes

Une Chine plus ouverte: Qu’est-ce que ça signifie pour le Québec et Montréal?

Une Chine plus ouverte: Qu’est-ce que ça signifie pour le Québec et Montréal?

Le 20 novembre 2020, lors de la 27e Réunion des dirigeants des économies de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), le Président chinois Xi Jinping a déclaré : « La Chine adoptera une attitude positive à l’idée d’adhérer à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP) ». Plusieurs se questionnent à savoir quelles sont les intentions stratégiques de la Chine?

En fait, en plus de l’APEC, récemment à l’occasion du 12e sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Amérique du Sud), de la 20e réunion du Conseil des chefs d’État de l’Organisation de Coopération de Shanghai et du Sommet du G20, le Président Xi a donné des explications très claires : la Chine poursuivra résolument la stratégie d’ouverture mutuellement bénéfique entre la Chine et le monde. La Chine invitera les différentes parties à saisir les nouvelles opportunités offertes par le développement de haute qualité de l’économie chinoise.

Aux yeux de certains « experts » plongés dans la mentalité de guerre froide, la stratégie est synonyme d’intrigue qui vise à maximiser ses propres profits dans un jeu à somme nulle où il y a forcément un perdant quand il y a un gagnant. Malheureusement, cette mentalité de guerre froide sévit dans le monde tout comme la Covid-19. Néanmoins, après 40 ans de réforme et d’ouverture, la Chine est sensibilisée à ce que l’ouverture apporte le progrès, tandis que l’isolement entraîne le retard. La Chine ne va bien que lorsque le monde va bien, et le monde se porte mieux quand la Chine se porte bien.

Au cours de la dernière décennie, la Chine est devenue non seulement l’usine du monde, mais aussi un marché d’envergure pour le monde, avec une contribution annuelle de plus de 30% à la croissance mondiale. Récemment, la 3ème Exposition internationale d’importation de la Chine (CIIE) s’est tenue à Shanghai avec succès. Il y a quelques jours, la Chine a signé le Partenariat régional économique global (RCEP) avec les autres 14 pays participants, formant le plus grand bloc de libre-échange du monde. N’oubliez pas non plus la promesse chinoise d’atteindre le pic d’émissions CO2 avant 2030, le lancement par la Chine de l’Initiative mondiale sur la sécurité des données et les récentes remarques du Président Xi concernant le CPTPP. Tout cela démontre que la Chine deviendra plus ouverte et assumera mieux ses responsabilités.

La Chine envisage de construire une nouvelle architecture de développement axée sur le marché intérieur qui permettra aux marchés intérieur et international de se stimuler mutuellement, en élevant le niveau des industries et en améliorant la structure de l’offre et de la demande. L’idée s’appuiera sur un mécanisme de marché plus développé et les chaînes d’innovation, d’industries et d’approvisionnement plus intégrés, et témoignera d’une ouverture de plus haut niveau. En un mot, la Chine achètera plus de produits étrangers de bonne qualité, et le marché chinois demeure un marché ouvert au monde entier.

Une Chine plus ouverte, qu’est-ce que ça signifie pour le Québec et Montréal? La réponse est l’opportunité et la coopération. Cette réponse vient, entre autres, du phénomène que le sport d’hiver est très à la mode aujourd’hui chez les jeunes citadins chinois. Cette industrie est estimée à plus de 160 milliards de dollars en 2022. Cette réponse vient aussi de l’aspiration de 400 millions de Chinois de classe moyenne à un mode de vie bas en carbone, à l’exploration de la culture moderne et à l’éducation de haute qualité. Cette réponse vient également d’un consensus largement partagé par les Chinois sur la lutte contre le changement climatique, la protection de la sécurité des données et les mesures antiprotectionnistes.

La Chine accueille les produits et les services québécois et canadiens de haute qualité. On peut voir en Chine des gens se promener dans la rue en plein hiver portant les manteaux Canada Goose, ou bavarder avec leurs amis en buvant leur café Tim Hortons. Il y a quelques jours, une dizaine d’entreprises québécoises ont participé à la 3ème CIIE. Elles font preuve d’une vision perspicace.

La Chine est également prête à approfondir sa coopération avec le Québec dans les domaines de l’économie verte, de la culture, de la médecine, de l’éducation, de la science, de la technologie et du tourisme pour une nouvelle dynamique de développement dans l’après-Covid-19. Par ailleurs, nous souhaitons voir plus de touristes et d’étudiants chinois au Québec quand l’épidémie sera chose du passé.

En même temps, des opportunités de coopération sont plus nombreuses en matière de règlementation. Tout d’abord, la Chine préserve résolument le système commercial multilatéral fondé sur des règles qui soient transparentes, non discriminatoires, ouvertes et inclusives, et travaille à faire évoluer la mondialisation économique dans un sens plus ouvert, plus inclusif, plus équilibré et bénéfique pour tous. Nos deux parties partagent des opinions similaires dans ce domaine. Ensuite, la Chine souhaite promouvoir un développement sain de l’économie numérique qui se veut respectueuse de la personne, et bien traiter les préoccupations concernant la sécurité des données, le fossé numérique, la protection de la vie privée et les enjeux éthiques. À cet égard, Montréal a un grand avantage. Enfin, la Chine organisera l’année prochaine la COP 15 à la Convention sur la diversité biologique, soutient l’organisation en 2021 par les Nations Unies du Sommet sur les systèmes alimentaires, et a proposé de tenir la deuxième Réunion des dirigeantes et dirigeants internationaux sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes. Sur ces sujets, je suis sûr que le Québec et Montréal ne seront pas absents.

En toute franchise, les relations sino-canadiennes connaissent des difficultés en ce moment. Il sera possible de voir des « experts » en mentalité de guerre froide prendre des actes nuisant à la coopération bilatérale normale. Cependant, même si le fleuve Saint-Laurent connaît des périodes de gel, ses eaux se jettent constamment dans la mer. Je souhaite bien que les hommes et femmes clairvoyants du Québec et de Montréal puissent regarder au loin pour voir la mer de coopération bilatérale, et conjuguer les efforts pour produire de meilleurs résultats.

CHEN Xueming Consul général de Chine à Montréal

Le 30 novembre 2020

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