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La santé mentale, un tabou chez les communautés racisées

The counselor listens to the young adult and takes notes for their next meeting. Photo: Istock/SDI Productions

L’immigration, le modèle sociétal, le racisme et la discrimination jouent un rôle important dans la dégradation de la santé mentale chez les communautés culturelles, notamment les Noirs, selon plusieurs spécialistes contactés par Métro. Pourtant, ces personnes consultent moins les spécialistes afin de redresser leur situation en raison du tabou autour du sujet, souvent associée à la folie.

Or, aller en thérapie, pour certaines communautés «ça veut dire que la personne est folle», insiste Lynda Saint-Gérard, travailleuse sociale depuis plus de 12 ans dans un CLSC. Elle invite les gens à faire une distinction entre santé mentale et maladie mentale.

La santé mentale est un état de bien-être dans lequel un individu peut réaliser son propre potentiel et faire face aux situations normales de la vie et au stress qu’elles génèrent. Si elle est mal gérée, cela peut conduire alors à des maladies mentales comme la dépression ou la schizophrénie, entre autres.

«Les gens ont peur d’explorer un peu ce qui se passe», constate de son côté Karene Aristide, consultante certifiée en comportement humain.

Il y a plusieurs années, ça a été vaudouisé. Ils pensaient qu’il s’agissait de mauvais esprit. Dans leur tête, un psy, ce n’est pas un médecin. Ils sont moins vites à chercher de l’aide.

Karene Aristide, consultante certifiée en comportement humain

Comme beaucoup d’autres, l’entrepreneure Nersa Dorismond avait «un étau dans la tête», mais ne pensait pas à consulter. En 2019, le suicide de sa meilleure amie Kathia St-Victor, une femme d’affaires de la communauté haïtienne comme elle, l’a poussée à demander de l’aide afin de comprendre ce qui se passait dans sa tête.

Même si elle va mieux, la femme d’affaires dit constater, aujourd’hui, que la situation a empiré pour d’autres en raison du pouvoir d’achat des gens qui a baissé après la pandémie. Les entrepreneurs font moins de profits et doivent réfléchir et travailler plus pour s’en sortir.

«Aussi fou que nous»

Depuis le décès de son amie, Nersa Dorismond est devenue conférencière sur les questions de santé mentale. «Je raconte mon histoire», précise Mme Dorismond. «Je ne suis pas psy, mais ça aide les gens à aller les voir, les spécialistes». En 2019, l’année de la mort de Mme St-Victor, elle a organisé un premier forum sur le sujet, qui réunissait beaucoup de spécialistes de la santé mentale noir.es.

Parmi eux, Karole Gauvon, psychiatre, affirme que certains traumatismes sont étroitement liés à l’immigration. Elle va jusqu’à lier la santé mentale à une société donnée ou à une culture en particulier. La psychiatre réfère à Ethan Watters et son livre «Crazy like us» (Aussi fou que nous), qui démontre comment la culture occidentale ou un certain modèle sociétal influence la maladie mentale de groupes d’immigrants.

«On sait que quand on a un patient qui a immigré récemment, ils ont plus de vulnérabilité, ils sont plus à risque de ne pas aller bien», avance la psychiatre Karole Gauvon. Dans les pays en voie de développement, les gens restent dans leur famille qui prend soin d’eux. Ce modèle sociétal est mieux pour ces gens, note la spécialiste.

Montage de photos de Karole Gauvon et du livre de Ethan Watters

Être une minorité, et dans une société où on est vu comme étant différent – c’est le cas des LGBT+ – ça augmente les chances de développer une dépression, une schizophrénie, etc.

Karole Gauvon, psychiatre

Changer d’approche

Le gouvernement de François Legault dit vouloir proposer une nouvelle approche en santé mentale auprès des communautés racisées. En entrevue avec Métro, la députée Sherley Dorismond, adjointe parlementaire du ministre des Services sociaux, Lionel Carmant, dit vouloir améliorer l’accès aux services et les liens de confiance chez les personnes de différentes origines ethnoculturelles.

«Tout s’enligne sur ces tabous-là, au niveau des différentes communautés – pas seulement les Noirs. Il y a différentes communautés qui ont des croyances. Il faut y aller tranquillement, utiliser les différentes approches qu’on connait», croit l’infirmière clinicienne qui a travaillé en santé mentale avant de faire le saut en politique.

Le ministre des Services sociaux, Lionel Carmant, avait déjà promis d’aider sa communauté à s’en sortir lors d’une visite à la Maison d’Haïti dans le quartier Saint-Michel, à Montréal.

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