Le Sportnographe

D’un autre angle

D’un autre angle

Combien de fois a-t-on entendu ce lieu commun voulant qu’on ne rêve plus collectivement? En fait, le seul projet de société susceptible de nous faire rêver semble être Canadien, et c’est un euphémisme de dire qu’on est loin du rêve cochon.

Au cours des dernières semaines, les Blue Jackets de Columbus, eux, n’ont pas lésiné en matière onirique. Ils ont acquis Matt Duchene et Ryan Dzingel avant les séries minatoires, tout en n’échangeant pas Artemi Panarin ni Sergei Bobrovsky, qui vont pourtant sacrer leur camp de Columbus à la fin de leur contrat cet été.

Le rêve fut érotique en première ronde, alors qu’ils ont torché Tampa en quatre, avant de virer au cauchemar alors qu’ils viennent d’être éliminés par Boston, et le rat à Marchand. Dans notre société pragmatique à la con, on juge que le DG du Columbus n’a pas réfléchi deux secondes en jouant ses cartes all-in (alors que, s’ils avaient gagné la Coupe, on le traiterait de génie).

Pourtant, le pragmatisme a ses limites. J’en prends pour preuve François Legault, qui a fait campagne là-dessus en 2018. Or, que fait-il actuellement? Il rêve de voir une entreprise québécoise racheter Air Transat, la compagnie aérienne qu’il a fondée. Je m’égare.

Toutefois, on le comprend; le rêve est essentiel à la vie. Et du rêve, les arbitres nous en offrent depuis le début des séries. Qu’ils sont beaux à voir aller! Ils interprètent subjectivement les règlements, teintent les matchs à la manière d’un Marc Séguin ajoutant du pouel d’animal à une toile; bref, j’oserais qualifier leur travail de Rêveries de quatre patineurs solitaires, pour paraphraser Jean-Jacques Rousseau.

Mais plusieurs estiment qu’ils ne font pas correctement leur travail en agissant presque comme des artistes. Comme, par exemple, lorsqu’ils ont décerné une punition à la fin du septième match de la série opposant les Sharks aux Golden Knights, et que les Sharks en ont profité pour marquer quatre buts pendant ledit avantage numérique de cinq minutes et gagner en prolongation.

Pourquoi les accuse-t-on de ne pas faire leur travail? Parce qu’ils ne sont pas objectifs? D’abord, l’objectivité, c’t’une joke.

Ensuite, si on veut que le hockey cesse d’être un sport et qu’il devienne une science, ben faisons des trente-et-un arénas de la Ligne nationale de hockey des laboratoires scientifiques avec des centaines, voire des milliers de caméras pour épier tous les faits et gestes des joueurs, seconde par seconde.

Ainsi, à chaque pause commerciale, on pourrait, dans les bureaux de la LNH, s’assurer avec l’aide des reprises vidéo (Gilles Tremblay aurait dit: «Regardons d’un autre angle, Claude») qu’il y’a eu (ou pas) un hors-jeu ou, pire, une infraction non signalée à la suite d’un coup de chien sale. Au retour de la pause, on pourrait ajuster le pointage, ajouter du temps au cadran ou encore donner des punitions en mode rétroactif, selon les circonstances. Toutefois, ce jour-là, je vous jure que je vais me mettre à regarder le soccer à la place.

Mais pas celui de l’Impact, là. Le vrai soccer. Genre, le soccer qui se joue en Europe.