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«Je suis reconnaissant de ne pas être mort», avoue Mike Tyson

Photo: Collaboration spéciale

Les condamnations, les frasques, les exploits dans le ring de Mike Tyson ont fait la manchette encore et encore. Dans son autobiographie La vérité et rien d’autre (Undisputed Truth), l’ancien champion du monde des poids lourds raconte sa version des faits, sans retenue et sans censure.

De son enfance difficile à Brooklyn à sa vie plus rangée d’aujourd’hui, Mike Tyson a accepté de discuter de son parcours avec Métro.

Dès son jeune âge, Mike Tyson a dû apprendre à se battre. Élevé dans un des coins les plus pauvres de Brooklyn, le boxeur a été arrêté plus de 30 fois pour divers actes criminels mineurs avant même d’avoir 13 ans.

Son comportement lui a toutefois permis de rencontrer celui qui allait devenir son mentor, l’entraîneur Cus D’Amato. Malheureusement, ce dernier est décédé avant de voir son poulain devenir champion du monde des poids lourds.

Sans direction depuis le décès de D’Amato, Tyson a continué à enfiler les victoires sur le ring sans jamais vraiment réussir à garder le contrôle sur sa vie.

Il y a eu l’alcool, la drogue, une fin de carrière décevante, et, surtout, la condamnation pour le viol de Desiree Washington, un sujet que Tyson aborde d’emblée dans son livre.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre?
Ç’était un projet qui flottait dans l’air depuis un bon moment. Mais je n’étais pas nécessairement dans le bon état d’esprit pour me lancer dans l’aventure. Éventuellement, j’ai accepté de l’écrire. Ma femme (Kiki Spicer) m’a convaincu de le faire.

Le titre du livre, La vérité et rien d’autre (Undisputed Truth), dit tout. À quel point a-t-il été difficile d’être aussi honnête envers vous-mêmes et vos lecteurs quand est venu le temps de raconter votre histoire?

C’était ardu. Mais c’était ma seule chance de raconter mon histoire, aussi bien dire la vérité. C’était le bon moment de mettre sur papier tout ce dont que je me souviens à propos de ma vie.

Avez-vous été capable de lire le livre en entier?
Je l’ai lu pendant qu’on l’écrivait (Le livre a été écrit en collaboration avec le biographe Larry Sloman). Je l’écoute présentement en format audio. Mais il y a des sections très difficiles, que je fais passer en avance rapide. Il y a certains passages de ma vie que je trouve plus difficiles à revivre.

Dès les premières lignes du livre, vous parlez de votre procès pour viol. Et vous affirmez que le juge, en vous condamnant à la prison, a sauvé votre vie. Qu’entendez-vous par là?
Ce que je veux dire par là c’est que je n’avais pas de contrôle sur ma vie à ce moment. Pendant que je me battais, ma vie était complètement folle. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. J’avais des conflits avec des gens dangereux. Je suis reconnaissant de ne pas être mort durant cette période. Mais ce n’est tout de même pas une bonne raison pour envoyer un homme innocent en prison. Pour toute ma vie je dois vivre avec l’étiquette de quelqu’un qui a été reconnu coupable de viol. Cela m’empêche d’aller dans certains pays, par exemple. Je ne mérite pas d’avoir ce stigma.

Quand vous êtes devenu le boxeur le plus populaire au monde, étiez-vous prêts pour le style de vie qui venait avec cela. L’argent, la célébrité, les femmes…
Je n’étais qu’un petit garçon qui arrivait dans ce monde. J’étais trop jeune. J’avais 19 ans. Je ne comprenais pas la vie. Tout ce que je savais faire, c’était vivre dans la rue et me battre. Et je connaissais un peu la littérature grâce à Cus (D’Amato). Maintenant, je sais comment vivre, comment me comporter. Quand tu es jeune, tu penses que c’est cool d’avoir beaucoup de succès, mais tu n’as pas encore l’intellect pour bien gérer tout cela.

Pour un jeune homme qui a grandi dans un environnement difficile, la transition doit être encore plus pénible.
En effet, mais je suis très fier de mes origines. Et je suis fier d’avoir été un protégé de Cus D’Amato. Je ne voudrais pas que les choses aient été différentes. Si je n’avais pas été son protégé, je n’aurais pas voulu connaître ce succès.

À quel point votre ascension aurait été différente si Cus D’Amato avait été en vie au moment où vous êtes devenu champion du monde?
Je n’aurais jamais frayé avec les gens avec qui j’étais associé à l’époque. Et une autre chose est sûre, j’aurais beaucoup plus d’argent aujourd’hui. Ma vie aurait été tellement différente. Cus aurait pu gagner le prix Nobel de la paix. Avec l’argent que nous aurions fait, il aurait aidé tellement de causes, tellement de gens dans le besoin. C’était un grand humaniste. C’est quelque chose que les gens oublient car il était très dur.

De plus, il aurait été si fier. Rien ne le rendait plus heureux que de me voir réussir, à l’école ou dans le ring. Il aurait été si heureux d’avoir le champion du monde à ses côtés.

Dans une entrevue, vous vous êtes comparé à Edith Piaf. De quelle façon votre vie ressemble à celle de la célèbre chanteuse?
Nous avons eu des enfances horribles tous les deux. Nous avons été élevés dans des endroits sombres. Et nous sommes tout de même parvenu à atteindre le sommet. On voit à quel point elle était magnifique dans le film La vie en rose. Elle aussi était entourée de prostituées durant son enfance, comme moi. Elle était dans un environnement dysfonctionnel, et on lui a enlevé tout ce qu’elle aimait.

À quel point votre image de mauvais garçon, de voyou, durant votre carrière, était réelle?
Je ne sais pas. C’était certainement une partie de moi. J’aimais que les autres boxeurs aient peur de moi. J’aimais tout cela.

Est-ce que votre vie de boxeur, de champion du monde, vous manque de quelconque façon?
Je crois que ça ne me manque pas. Je n’y pense jamais, sauf quand un journaliste m’en parle.

Lorsque vous étiez au sommet, étiez-vous conscient de l’influence que vous aviez, particulièrement auprès de la communauté afro-américaine?
Je n’en avais aucune idée. J’étais tellement dans ma tête. Je ne me souciais que de moi-même. J’étais un gars émotif. J’étais trop égoïste pour me soucier des états d’âmes des autres. J’ai eu la chance de rencontrer des tonnes de gens dans le domaine du divertissement, dont plusieurs qui ont fait leur marque bien avant moi. Et ils m’ont dit que nous sommes tous un peu pareils. Quand on est au sommet, on pense qu’on est spécial. Mais on finit par réaliser qu’il y a eu des tonnes de gens comme nous par le passé.

Vous parlez beaucoup de trahison dans votre livre. Certaines personnes ont profité de vous durant votre carrière, dont Don King et votre ex-femme Robin Givens. À quel point est-il difficile de faire confiance à nouveau quand cela vous arrive?
Je ne sais pas si tu peux faire confiance totalement. Tu penses toujours que c’est le genre de chose qui peut arriver. Quand on pense à la confiance et à l’amour, la trahison est le côté sombre de l’amour. Tu dois toujours être conscient de cela, même si tu dois répondre si l’amour se présente à toi. C’est un sentiment étrange. Ça peut se reproduire. Ça peut se reproduire à nouveau.

Vous avez le livre, vous avez aussi un one man show, que vous avez entre autres présenté sur Broadway, et vous avez participé à quelques films. Peut-on présumer que vous espérez poursuivre une carrière dans le monde du divertissement?
Moi et ma femme, on travaille là-dessus en ce moment. Et ça se passe bien. Et j’espère que cela va se traduire par une longue et fructueuse carrière. Le livre et le one man show ont beaucoup de succès. Le spectacle a été présenté à la télé (il a été réalisé par Spike Lee et présenté sur la chaîne HBO) et les gens veulent encore y assister. Ils veulent encore des performances en direct.

Peut-on s’attendre à voir votre spectacle à Montréal un jour?
100 % certain. D’ailleurs, je suis déjà allé à Montréal. J’ai vu Dave Hilton se battre contre Mario Cusson pour le championnat canadien dans les années 1980.

Et quels sont les projets sur lesquels vous travaillez en ce moment?
J’ai récemment tourné un film d’action en Algérie (Algeria Forever) qui devrait sortir en 2014. Il y a aussi ma compagnie de promotion de boxe, Iron Mike Productions (l’entreprise a organisé un gala le 3 janvier au Minnesota).

Tyson le boxeur

Mike Tyson et Cus D'Amato

Mike Tyson, en compagnie de son mentor, l’entraîneur Cus D’Amato.

Mike Tyson a commencé sa carrière professionnelle en mettant K.O. Hector Mercedes dès le premier round le 6 mars 1985. Il n’était âgé que de 18 ans.

Le 22 novembre 1986, il a été sacré champion du monde des poids lourds de la WBC en battant Trevor Berbick au deuxième round. Âgé de 20 ans et 4 mois, il est devenu le plus jeune champion du monde des poids lourds de l’histoire. Il a unifié les trois titres mondiaux (WBC, WBA, IBF) le 1er août 1987 en défaisant Tony Tucker.

Il a perdu son premier match professionnel le 11 février 1990. Sa défaite par K.-O. contre Buster Douglas est encore considérée comme une des grandes surprises dans l’histoire de la boxe.

Les deux duels contre Evander Holyfield, en 1996 et en 1997, sont les deux combats les plus importants qu’il a disputé par la suite. Il a été vaincu à chaque fois. On se souvient davantage du deuxième affrontement, au cours duquel Tyson a mordu Holyfield et lui a arraché une partie de l’oreille.

Tyson a perdu son dernier combat de championnat du monde, en 2003, contre Lennox Lewis. Il est monté dans le ring une dernière fois en 2005, contre Kevin McBride. Il s’est incliné par K.-O. technique.

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