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Chantal Machabée: «Nous avons eu raison d’y croire»

Photo: collaboration spéciale

Journaliste sportive connue de tous, Chantal Machabée fête ses 30 ans de carrière. Pionnière, elle est toujours une des rares femmes dans le domaine. Elle a accepté de parler de son parcours avec Métro.

Vous avez débuté très jeune. Comment votre carrière a-t-elle commencé?
J’ai eu ma première chronique télé à 18 ans. À ce moment, j’étais statisticienne pour les Voisins de Laval, une équipe de la Ligue junior majeur du Québec. Gilles Péloquin, qui était directeur des sports à Radio-Canada à Sherbrooke, m’a demandé de faire une chronique chaque semaine pour parler des exploits de Mario Lemieux et de la ligue en général. Plus tard, il m’a invitée à présenter le bulletin des sports en studio. Ensuite, j’ai travaillé pour La Presse Canadienne, Radio-Canada à Ottawa, TVA, et ça fait maintenant 25 ans que je suis à RDS.

D’ailleurs, vous étiez aux premières loges pour assister à la naissance de RDS.
En effet, j’ai fait la première émission de l’histoire de RDS. Quand j’ai commencé, les gens disaient qu’une station de sports 24 heures n’allait pas fonctionner au Québec. On savait qu’on avait un beau défi devant nous. Nous avons eu raison d’y croire. Ça n’a fait que grandir.

Vous étiez chef d’antenne pour les matchs du Canadien et maintenant vous avez davantage un rôle de beat reporter (suivre l’équipe quotidiennement). Est-ce que c’est un travail qui vous plaît davantage?
J’adore ça. Être sur le terrain, suivre l’équipe, apprendre à connaître les joueurs permet de faire une meilleure analyse de la situation. La camaraderie entre journalistes aussi est vraiment le fun.

Quel impact la perte de certains droits télé du Canadien et de la LNH (RDS présentera 60 matchs du Canadien et aucun match des séries à partir de la saison prochaine) a eu sur vous et vos collègues?
Ça faisait tellement longtemps que nous avions tous les matchs, c’est sûr que ç’a été un choc au début, mais, moi, je n’ai aucun problème avec la compétition. Comme nous ne sommes plus seuls, nous allons nous forcer pour être encore meilleurs. Si nous avions tout perdu, ça aurait été complètement différent, mais ce n’est pas le cas.

Quand on se promène sur la galerie de presse au Centre Bell, on constate que l’immense majorité des journalistes sont toujours des hommes. Êtes-vous étonnée que le paysage médiatique n’ait peut-être pas changé autant qu’on le pense en 30 ans?
C’est vrai, mais j’ai l’impression qu’il va y avoir un changement dans la génération de mes enfants (18 et 19 ans). Beaucoup d’adolescentes qui aimeraient faire mon travail m’écrivent, ce qui n’arrivait pas nécessairement auparavant.

Est-ce que les entreprises médiatiques devraient faire plus d’efforts pour embaucher davantage de femmes?
Elles sont prêtes. Les entreprises ne demandent qu’à avoir des femmes. Ça prend plus de candidates.

Quels sont les obstacles auxquels vous avez fait face en tant que femme dans ce métier? Et est-ce que c’est plus facile aujourd’hui?
Il va toujours y avoir des misogynes. Il y a bien sûr des commentaires méchants sur les réseaux sociaux et je suis souvent remise en question. Disons que si je donne les trios du Canadien à l’entraînement, ce que j’écris va être mis en doute. Cela n’arrive pas à un homme qui écrit la même chose. Mais je suis habituée, ça fait 30 ans que c’est comme ça, et c’est beaucoup moins fort qu’avant.

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Faits saillants

Chantal Machabée a vécu beaucoup de beaux moments dans sa carrière. En voici quelques-uns.

  • «Ce qui est le fun dans le fait d’être journaliste sportif, c’est que tu côtoies des athlètes qui accomplissent des choses extraordinaires. Des moments marquants, j’en ai des tonnes, mais je me souviendrai toujours de ma toute première entrevue, réalisée avec le grand golfeur Jack Nicklaus. Je pense aussi à la première fois que j’ai fait une entrevue avec mon idole, Guy Lafleur, quand le Canadien a gagné la Coupe Stanley en 1993 et, bien sûr, aux Jeux olympiques.»

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