Montréal: berceau du droit civique américain
MONTRÉAL – Les contrats originaux signés par Jackie Robinson avec les Royaux de Montréal et les Dodgers de Brooklyn sont en exposition pour les deux prochains jours à l’hôtel de ville de Montréal.
Robinson, premier Noir à avoir percé la formation d’un club du Baseball majeur, est d’abord passé par Montréal, où il a aidé les Royaux à gagner la Petite Série mondiale, en 1946. L’année suivante, il a fait le grand saut avec les Dodgers, un exploit qui a fait dire à Martin Luther King que Robinson était à l’origine du mouvement des droits civiques aux États-Unis.
«J’interviewais Martin Luther King et dans mon introduction, je le présentais comme le père du mouvement des droits civiques, s’est rappelé l’ex-animateur de CNN Larry King, grand collectionneur de baseball et partenaire de Collectors Cafe. Il m’a immédiatement interrompu pour me dire: ‘Non, Jackie Robinson est le père du mouvement pour les droits civiques’.»
«C’est intéressant de se rappeler que sans le Canada français, peut-être que le mouvement des droits civiques américain n’aurait jamais vu le jour, a déclaré Mykalai Kontilai, chef de la direction et fondateur du Collectors Cafe, propriétaire des contrats. C’est un honneur pour nous de ramener ces contrats chez eux.»
King, qui a grandi à Brooklyn et a assisté au premier match de Robinson avec les Dodgers, a eu le plaisir d’interviewer le deuxième-but deux fois au cours de sa carrière. À chaque occasion, Robinson ne manquait pas de lui parler de son année passée à Montréal.
«Il m’a dit que la plus belle année de sa vie avait été 1946, à Montréal, au Québec, s’est rappelé King. Il n’y a jamais été témoin de discrimination raciale. Il n’y a jamais été hué. Il n’y a jamais été traité avec mépris.»
L’ex-baseballeur Claude Raymond, qui a côtoyé en quelques occasions Robinson à la fin de sa carrière, a indiqué que plus souvent qu’autrement, la conversation tournait vers la métropole québécoise.
«Il venait nous visiter parfois quand on jouait à New York et il savait que je venais de Montréal, s’est-il rappelé. Immédiatement, il me parlait de la ville.»
Montréal est le plus récent arrêt du «Freedom Tour» du Collectors Cafe. Avec New York, Montréal est d’ailleurs la seule ville où les contrats ont fait l’objet d’un dévoilement officiel. C’est la première fois que ces contrats reviennent à Montréal, 70 ans après les débuts du deuxième-but au sein de l’équipe montréalaise.
«Aujourd’hui, c’est un moment historique, a souligné le maire de Montréal Denis Coderre. C’est fantastique qu’on puisse honorer Jackie Robinson 70 ans après son passage dans la métropole.»
En plus de ces contrats, les Montréalais pourront voir un buste de Robinson, oeuvre de l’artiste et acteur Paul Sorvino, dont M. Kontilai a fait cadeau à la municipalité.
D’abord exposés au New-York Historical Institute, les contrats ont ensuite été présentés au National Constitution Center de Philadelphie. Après Montréal, ils se déplaceront vers Atlanta, Milwaukee et Washington, entre autres.
M. Kontilai espère pouvoir les rendre accessibles dans chacune des régions des États-Unis. Il souhaiterait également se rendre à Fort McMurray, en Alberta, où résident plusieurs des investisseurs de Collectors Cafe.
Ces documents, témoins de la première heure de la fin de la Ségrégation aux États-Unis, ont été évalués à 36 millions $ US par Seth Kaller, un expert en documents historiques américains. S’il n’a pas l’intention de les vendre, Collectors Cafe écouterait toute offre provenant «d’un musée ou d’une institution qui s’engagerait à les rendre accessibles gratuitement à jamais», mais pas à un collectionneur privé.