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Entrevue aec Pervez Musharraf: Discuter avec les talibans afin de régler les conflits

Elisabeth Braw - Metro World News

Il y a trois ans, Pervez Musharraf a quitté la présidence du Pakistan. Mais l’ancien général, qui a amené stabilité et prospérité à son peuple, demeure l’un des hommes les plus puissants de son pays. Il a reçu Métro chez lui, à Londres, où il vit en exil.

Vous avez fondé en 2010 la Ligue musulmane de tout le Pakistan (APML), qui sera des élections en 2013. Pourquoi le pays a-t-il besoin d’un nouveau parti?
Le Pakistan est sur une pente glissante et l’éco­nomie pique du nez. Le gouvernement est dysfonctionnel et les questions de terrorisme et d’extrémisme sont mal gérées.

Vous étiez un allié important des États-Unis durant la guerre en Afghanistan. Comment les avez-vous aidés?
Nous avons toujours été l’allié des États-Unis, mais en 1989, le pays nous a aban­donnés pour tisser des liens avec l’Inde. Avec les événements du 11 septembre 2001, nous sommes redevenus importants. Nos intérêts sont les mêmes : nous voulons défaire Al-Qaïda et les talibans. Malheureusement, les Pakistanais ne sont pas enthousiasmés par les Américains, car ils se sont sentis trahis après 1989. Politique­ment parlant, il est dans notre intérêt de nous attaquer au terrorisme et à l’extré­misme. Puisque les États-Unis sont une puis­sance mondiale, c’est aussi notre principal partenaire économique. Mais chez les Pakistanais, il y a encore un rejet des Américains.

Les États-Unis mènent des attaques de drones contre des militants présumés en Afghanistan et au Pakistan. Cautionnez-vous ces actes?
Non. Entre 2004 et 2007, on n’a recensé que neuf attaques de drones. Dans la dernière année, il y a en a eu une centaine. Les drones sont capables d’identifier des cibles humaines dans des endroits reculés, 24 heures par jour, à 18 000 pi dans les airs. Pour ça, ils sont très efficaces. Mais il y a toute la question des meurtres. Le Pakistan a ses propres méthodes, comme les Forces spéciales, qui sont aussi efficaces la nuit. J’ai dit aux Améri­cains : si les drones sont si précis pour repérer les cibles, pourquoi ne nous les donnez-vous pas? Ces attaques sont inacceptables pour les Pakistanais. Elles violent la souveraineté du pays. Il y a un nombre important de civils qui sont tués. Les drones sont peut-être très efficaces pour le repérage, mais quand vient le temps de faire feu, on tue des innocents, comme des enfants. 

Est-ce que George W. Bush vous a demandé conseil avant d’envahir l’Afghanistan?
Non. Les États-Unis voulaient envahir l’Afghanistan, ce qui était justifié après les attaques contre le World Trade Center. Je savais que l’invasion était imminente. Ils nous ont demandé de joindre la coalition. Les Américains ne pouvaient pas attaquer l’Afghanistan sans passer par l’Inde ou le Pakistan. L’Inde offrait son aide à cause de leur animosité envers nous. C’est pourquoi nous avions intérêt à joindre la coalition.

Selon WikiLeaks, les services de renseignement du Pakistan auraient assisté Al-Qaïda et les talibans. Est-ce que c’est arrivé pendant que vous étiez à la tête du pays?
Comment aurais-je pu être du côté des gens qui ont tenté de m’assassiner?

Savez-vous où se trouve Oussama Ben Laden?
Non. Autour de 2004, nos services croyaient l’avoir encerclé, mais nous avons perdu sa trace.

Quel serait le moyen le plus efficace de mettre un terme à la guerre en Afghanistan?
Mettre en place un gouvernement légitime. La question est de savoir comment y intégrer les Pachtounes. Rappelez-vous que tous les talibans sont Pachtounes, mais que tous les Pachtounes ne sont pas talibans. Il faudrait arriver à identifier les maliks, qui n’ont pas de liens avec les talibans, et les amener à travailler avec nous. Les talibans ne sont pas des monolithes. Il faut travailler avec eux pour régler le conflit en Afghanistan.

Du coup d’État à la démocratie
Les autocrates du Moyen-Orient sont-ils sur le siège éjectable avec les événements qui secouent la Tunisie et l’Égypte? Rien n’est moins sûr. Pervez Musharraf croit toutefois que la démocratie doit primer. «La démocratie est la voie à suivre au Pakistan, a-t-il déclaré à Métro. Nous avons vu le socialisme et le communisme et nous connaissons les dictatures. Mais
le problème, avec les dictatures, repose dans la succession. Quelle garantie avons-nous que le prochain dictateur sera bon?» ajoute celui qui a pris le pouvoir après un coup d’État en 1999.

Cependant, selon Musharraf, la démocratie occidentale ne peut être importée sans heurts. «Nous tentons trop souvent d’appliquer le modèle des démocraties occidentales dans nos pays. Il faut être prudent. Les transformations doivent être graduelles. Pour passer à la démocratie, il faut d’abord se concentrer sur l’éducation et la pauvreté, ce qui entraîne automatiquement des change­ments. Si on se contente de dire que, dans un an, on sera moderne et démocratique, ça ne fonction­nera jamais.»

Musharraf utilise un outil symbolique de la démocratie – Facebook –, où il compte 378 000 fans. «C’est un outil utile, mais ce n’est pas l’unique moyen d’entrer en contact avec la population ou d’en tâter le pouls, avance-t-il. Au Pakistan, ou dans n’importe quel pays en développement, combien de personnes utilisent l’internet? Pas beaucoup.»

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