Soutenez

La révolution du monde arabe ne peut être exportée en Chine

Jordan Pouille - Metro World News en Chine

Dans le monde arabe, la dissension a porté fruit, alors qu’en Chine, s’opposer au pouvoir en place est plus dangereux. Les petites tentatives de manifestation ne font pas le poids face à la forte présence policière. Le correspondant de Métro a été arrêté parce qu’il couvrait une manifestation étouffée.

Dimanche, les activistes de 18 villes chinoises avaient appelé à manifester pour la justice et l’égalité, s’inspirant de la dissidence civile qui agite en ce mo­ment le monde arabe. À Shanghai, au moins sept personnes ont été arrêtées par la police, qui ne manque pas d’étouffer les manifestations antigouvernementales. À Beijing, j’ai vu comment les autorités de la ville réagissent aux moindres signes d’opposition – et j’ai été même été victime de leur répression…

Dans le quartier commerçant de Wangfujing, une station de métro avant la place Tian’anmen, des barrières de construction sont en place depuis vendredi pour prévenir les manifestations. Dimanche, le quartier ressemblait plus à une énorme caserne de police qu’à un centre commercial.

En début d’après-midi, une horde de policiers avaient remplacé les chalands habituels. On avait prévu le coup : les policiers en civil, les gardes «Chengguan» (police municipale), les unités d’urgence et le personnel de sécurité allaient être en plus grand nombre que les protestataires. Six camions de balayage de rue arrosaient le pavé pour disperser les groupes de passants. Dix agents de sécurité d’État, habillés comme des balayeurs de rue, traînaient devant le McDonald’s et le PFK, deux restaurants où les gens devaient se regrouper.

Une centaine de voitures de police surveillaient les extrémités de la rue commerçante. China Mobile, une compagnie d’État de cellulaires, a aussi coupé l’accès aux téléphones 3G dans le secteur pendant une heure.Une demi-heure plus tard, des centaines de soldats en uniforme, affectés à la stabilité interne, ont été vus patrouillant le quartier. L’accès à la rue a été fermé à partir de 14 h 30.

Évidemment, avec cette  présence policière massive, il n’y a eu personne pour soutenir la révolution souhaitée, malgré de très nombreux appels sur Twitter et sur les autres médias sociaux. Des rumeurs prétendent même que les précipitations de neige de samedi et de dimanche auraient été provoquées par l’unité de modification du temps de Beijing pour décourager la mobilisation. Cette agence d’État est réputée pouvoir modifier la météo et accroître les précipitations grâce à des canons à l’iode d’argent.

Pendant que je prenais des photos à Wangfujing, j’ai été interpellé par trois policiers, qui m’ont envoyé au cachot malgré mon accréditation. J’ai été détenu une heure en compagnie de sept correspondants étrangers. Après vérification de nos papiers, il nous a été ordon­né de nous abstenir de faire des entrevues, de photographier, de filmer ou de rapporter ce qui se passait à Wangfujing sans la permission écrite des autorités.

Quand je suis retourné sur place après ma remise en liberté, j’étais encadré par deux policiers. Comme ils me filmaient sans cesse, j’ai décidé de quitter les lieux. Au moins deux protestataires ont été arrêtés à Beijing en raison de la volonté de la Chine d’éviter toute reproduction de la révolution du Jasmin à la tunisienne. Un reporter de Bloomberg TV a même été sauvagement battu par des voyous et il a fini sa journée à l’hôpital.

La genèse du mouvement chinois
La tentative de lancer une contestation populaire similaire à la révolution du Jasmin qui a eu lieu en Tunisie fait son chemin en Chine. La semaine dernière, une campagne web a appelé à des manifestations régulières toutes les fins de semaines dans 18 ville. Dans un billet publié sur le blogue boxum.com, des activistes anonymes demandent des manifestations non violentes afin «d’amener le gouverne­ment de Beijing à respecter les droits des Chinois».

Contre toute attente, un rassemblement similaire la semaine dernière a attiré plus de policiers et de curieux que de manifestants. Cette fois-là, les autorités ont pris des mesures contre les manifestants. Trois internautes chinois ont été arrêtés dans la semaine et ont été accusés de subversion d’État, seulement pour avoir «retweetté» une discus­sion sur les manifes­tations. Des rapports disent qu’une centaine de dissidents ont été assignés à résidence.

Les opposants se plaignent de la corruption grandissante de l’État, et les autorités essaient de répondre à leurs deman­des. Dimanche, le premier ministre Wen Jiabao est apparu sur l’internet pour un clavardage d’une heure pendant lequel s’il n’a pas promis de grandes réfor­mes politiques, il s’est engagé à intensifier ses efforts contre la corrup­tion, l’inflation et la pauvreté. «Notre développement économique doit combler les besoins grandissants en biens culturels et matériels de la population, et rendre les Chinois de plus en plus satisfaits», a-t-il dit.

Au final, ce que prouve la présence massive de la police à Wangfujing, c’est que la Chine ne tolère au­cune réunion publique qui remette en question la légitimité du gouverne­ment, aussi faible que soit cette contestation.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.