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Égypte: «Ce n'est que la fin du commencement»

«Le départ de Moubarak marque la première phase de la révolution, mais ce n’est que la fin du commencement», a déclaré dans les médias Richard N. Haass, ancien directeur du service de la planification du département d’État américain. C’est désormais le Conseil suprême des forces armées, et ses 470 000 hommes, qui dirige le pays.

L’armée est bien appréciée, car elle est restée neutre pendant les manifestations. Mais peut-elle incarner le changement, s’interroge le site Politicosn, un site d’information sénégalais. Le conseil suprême des forces armées est ainsi dirigé par Mohamed Hussein Tantaoui, le ministre de la Défense qualifié par ses détracteurs de «caniche» de Moubarak. «C’est toutefois quelqu’un qui a une certaine crédibilité», tempère Rachad Antonius, professeur à l’UQAM et spécialiste du Moyen-Orient. Le scénario le plus probable, selon lui, implique que l’armée générera des réformes constitutionnelles en douceur, mais aussi limitera la purge dans l’élite politique et économique aux seuls proches de Moubarak.

C’est l’armée qui met les politiciens égyptiens au pouvoir, avec les résultats qu’on connaît. Elle a cette fois promis des élections libres, mais les a fixées dans six mois. «Ce n’est pas suffisant pour faire émerger des partis structurés con­vaincus par la démocratie», selon Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke et spécialiste du Moyen-Orient. «C’est sûr que c’est un peu court, mais on ne peut pas attendre trois ans. Il faut un gouvernement, même si ce n’est pas le meilleur», selon M. Antonius. Pour l’instant, les Frères musulmans représentent la seule organisation politique digne de ce nom, mais le parti ne se présentera vraisemblablement pas aux prochaines élections.

Parmi les enjeux à suivre, la population attend aussi la fin de l’état d’urgence et la libération des prisonniers politiques. La réécriture de la constitution fait déjà débat. Doit-elle préciser que l’Égypte est un pays islamique ou laïque comme la Turquie? «L’Égypte devrait vraisemblablement opter pour un modèle hybride entre la Turquie laïque et l’Iran islamique afin de représenter l’équilibre de la population», croit M. Aoun. Il attend de voir si la constitution laissera aux femmes et aux chrétiens coptes la possibilité d’accéder aux plus hauts postes de l’État. «Mais les changements s’étaleront sur une longue période. C’est le lot de toutes les révolutions», prévient-il.

Des comparaisons avec l’Europe de l’est
La vague de contestation qui s’étend à presque tout le Moyen-Orient n’est pas sans rappeler la vague qui a déferlé sur l’Europe de l’est en 1989.  «La grosse différence, au Moyen-Orient, c’est que les peuples ne veulent pas de changement idéologique, mais juste plus de justice, note Rachad Antonius. Actuellement, les révoltes se font aussi contre l’Occident qui appuyait ces régimes.»

En Europe de l’Est, il y avait à l’époque une structure étatique forte, voire étouffante. Dans plusieurs pays du Moyen-Orient, où l’État ne repose que sur quel­ques personnes, la transition promet d’être chaotique et les risques de guerre civile parfois grands (voir carte de gauche).

À quoi peut-on s’attendre au Maghreb et au Moyen-Orient?

  • Algérie (35,4 millions d’habitants)

Le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé mardi la levée de l’état d’urgence qui dure depuis 19 ans. L’armée est très puissante et pourrait faire des changements sans guerre civile d’autant plus que le pays est déjà passé par là.

  • Maroc (32,2 millions d’habitants)

Dimanche, une fou­­le impressionnante de 37 000 Maro­­cains a pris la rue pour contester le gouvernement en place. Malgré tout, le Maroc reste une monarchie solide et le régime semble plus stable qu’ailleurs dans le monde arabe.

  • Libye (6,4 millions d’habitants)

Mouammar Kadhafi a prononcé mardi un discours très dur. L’utilisation de la violence est mise de l’avant. Les risques de guerre civile sont grands dans un pays profondément divisé ethniquement.

  • Syrie (22,5 millions d’habitants)

Le mouvement de contestation ne semble pas avoir atteint ce pays où il y a peu d’opposition civile. La police pourrait sévir durement si les manifestants gagnaient la rue.

  • Iran (76,9 millions d’habitants)

Avec les joueurs-clés de l’opposition sous arrestation, les mouvements vus en Égypte seront plus difficiles à répéter ici.

  • Yémen (23,5 millions d’habitants)

Des dizaines de milliers de personnes manifestent dans les rues du Yémen pour exiger la démission du président Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, malgré les répressions des partisans du gouvernement. Le président entend gouverner jusqu’en 2013, mais la rue aura-t-elle raison de lui?

  • Bahreïn (0,7 millions d’habitants)

 Faisant face à une opposition grandissante, les autorités ont permis hier la libération de
prisonniers politiques. Le roi a aussi décidé de suspendre le procès de 25 militants chiites. La tradition de consensus entre les chiites (70 % de la population) et les sunnites et la position stratégique de ce pays laissent entrevoir une transition moins violente.

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