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Inde: sauver les filles, une à la fois

Notre collaboratrice est en Asie. Elle a passé quelques semaines en Inde.

Preeti est arrivée à l’Aarti Home en décembre dernier, après avoir été abandonnée dans un train. D’une certaine façon, la petite fille de quatre mois a eu de la chance. Quelques semaines auparavant, le journal The Times of India rapportait qu’un homme avait découvert le cadavre d’une fillette dans les poubelles. Des histoires comme celles-là, Sandhya Puchalapalli en voit régulièrement depuis qu’elle a fondé l’orphelinat Aarti Home en 1992, à Kadapa, dans le sud de l’Inde. «Chaque histoire est différente, mais toutes reflètent les nombreuses discriminations dont sont victimes les Indiennes», dit-elle.

En Inde, il existe une préférence ancestrale pour les garçons. Ce sont eux qui perpétuent le nom de famille et pourvoient aux besoins des parents. Les filles sont perçues comme un fardeau, notamment parce que pour les marier, il faut payer une importante dot à la belle-famille. «Officiellement, la dot est illégale, mais cette coutume se pratique toujours», explique Durga Kumari, membre de la fondation Aarti Home. À l’origine, on dotait la mariée d’une somme d’argent importante lorsqu’elle partait vivre chez ses beaux-parents afin d’éviter qu’elle soit une charge pour eux. «Aujourd’hui, la femme est devenue une source de revenus», plaide Mme Kumari.

La belle-famille exige des montants substantiels, mais aussi du matériel : télévision, motocyclette, bijoux. Ainsi, dès la naissance d’une fille, la famille commence à économiser pour sa dot, souvent au détriment de son éducation. Lorsqu’Afroz Bhagat a mis au monde une fille, sa belle-famille s’est sentie lésée et son mari a préféré divorcer. Afroz, issue d’un milieu aisé et éduqué, est allée en cour pour récupérer sa dot de 40 000 $. Même si elle a gagné son combat, il lui est impossible de se remarier. «Et personne ne voudra de ma fille», affirme cette institutrice de Kadapa.

La plupart des femmes, toutefois, n’ont pas de ressources financières et ne connaissent pas leurs droits. «Le problème commun de toutes ces tragédies est le manque de confiance», explique Sandhya Puchalapalli. Il y a huit ans, elle a décidé d’agir directement auprès des mères en créant des ateliers de couture. Les femmes des villages voisins reçoivent des formations et fabriquent des vêtements. Aarti Home les paye 5 000 roupies (110 $) par mois, un bon salaire ici. «Quand l’argent n’est plus un souci, c’est plus facile de convaincre les mères de garder leurs filles», indique Mme Puchalapalli.

Le cas de Parvin est typique: elle a d’abord dû convaincre son mari de la laisser travailler à l’atelier de couture. «Il craignait les commérages, parce que les femmes du village ne sortent pratiquement jamais de leur maison», dit-elle. Selon Mme Puchalapalli, maintenant que ces femmes gagnent de l’argent, elles sont un peu plus respectées et défendent leurs opinions. Sept ans après qu’elle a commencé à travailler, lorsque Parvin rentre à la maison, son mari lui prépare le thé. Une petite victoire pour cette femme qui s’est mariée à 14 ans.

Enfin, en 2007, Aarti Home a ouvert une école mixte. «Si on sensibilise les garçons dès l’enfance au respect de la femme, il y a de l’espoir», croit la fondatrice. Comme elle le souligne, le vrai défi est de changer les mentalités, chez les pauvres comme chez les riches.

Le fÅ“ticide, une réalité indienne

  • La préférence pour les garçons n’est pas nouvelle en Inde. Ce qui a changé,  c’est la façon dont on se débarrasse des filles. Certains États comme le Pendjab, le Haryana et le Tamil Nadu, pratiquaient autrefois l’infanticide (la fillette était tuée à la naissance). Aujourd’hui, les échographies permettent de connaître le sexe du bébé, et la mère peut choisir de se faire avorter. On parle donc de fÅ“ticide.
  • En 1994, le Parlement indien a voté le Prenatal Act (qui a été amendé en 2002), interdisant aux médecins de révéler le sexe du fÅ“tus. «Mais ça se fait toujours, explique Sandhya Puchalapalli, et un seul médecin a été emprisonné depuis l’entrée en vigueur de cette loi.»

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