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La simplicité volontaire, ce n'est pas «drabe»!

Les adeptes de la simplicité volontaire représenteraient 10% de la population. Un mouvement plus complexe qu’il n’y paraît et qui n’est pas forcément lié à la frugalité. Portraits croisés de deux simplicitaires.

Louis Chauvin : le transfuge

Qui pourrait croire qu’avant de devenir directeur du Réseau québécois de la simplicité volontaire (RQSV) de 2008 à 2010, Louis Chauvin en était l’antithèse : un riche directeur de bureau d’assurance qui possédait une Mercedes, une Volvo et partait jouer au golf dans le sud. C’était dans les années 1980. «Je rentrais à la maison le soir et je me disais : « T’as fait du cash, et après? »Â», se souvient M. Chauvin. Vint alors le temps du virage. À 180 degrés. Vente de l’entreprise, voyage en sac à dos en Europe, qui se termine à Rome, dans le monastère de Mère Teresa, dont il fut à quelques occasions le garde du corps.

«Je cherchais une vie plus simple, consacrée à sur l’essentiel, mais la religion ne collait pas avec moi.» La terre, alors? Pendant huit ans, dans les années 1990, il sera éleveur en Estrie, expérience qui le mènera au végétarisme et à la conclusion qu’il n’était pas fait pour ce métier.

Aujourd’hui, à 60 ans, Louis Chauvin enseigne l’éthique aux étudiants en gestion de l’Université McGill. Son appartement dans Rosemont témoigne du fait qu’être simplicitaire ne signifie pas forcément vivre une vie pauvre. «J’ai une Prius hybride et une vie confortable, mais la plupart de mes meubles sont soit récupérés, soit achetés d’occasion», explique-t-il en ajoutant que la simplicité volontaire se vit aussi en désencombrant sa vie psychique et relationnelle.«En développant ma vie intérieure, j’ai moins besoin de combler mon vide existentiel par une course aux activités ou la recherche de richesse financière», explique celui qui a adopté le Chi Kong et la méditation. Selon lui, bien des leaders sociaux et syndicaux n’ont pas réglé leurs turbulences intérieures et les transposent donc dans leurs actions.  «Ils sont alors essentiellement dans une logique de conflit qui peut être improductive.»

Chez lui

  • Il y a : une auto hybride de 2006, trois ordinateurs (ils sont quatre), des meubles usagés, beaucoup d’aliments bios.
  • Il n’y a pas : de télé à écran plat, le câble
  • Dernier achat extravagant : un frigo neuf de qualité
  • Dernier grand geste de simplicitaire : s’offrir six semaines pour traverser le Canada de camping en camping

Serge Mongeau : le modèle

«On ne devrait pas travailler plus de 20 heures par semaine pour gagner sa vie.» Celui qui dit cela n’est pas allergique au travail. La preuve, à 75 ans, il est encore très actif professionnellement. Lui, c’est Serge Mongeau, un ancien médecin qui a quitté la profession après seulement deux ans de pratique, quand il s’est notamment rendu compte qu’elle lui grugeait tout son temps.«Comme je voulais vraiment aider les gens, mais avant qu’ils ne deviennent malades, je me suis tourné vers le milieu communautaire, puis je suis devenu mon propre patron», raconte l’auteur de nombreux ou­vrages, dont La Simplicité volontaire, plus que jamais reste probablement le plus marquant.

À ceux qui veulent faire le ménage dans leur vie, il donne trois conseils. D’abord, vendre leur auto, «quitte à devoir déménager pour ne plus en être dépendant». Ensuite, éteindre leur télévision, où «tout ou presque nous renvoie à notre société de consommation». Et enfin, abandonner ses cartes de crédit, car «s’endetter, c’est s’aliéner le futur». Chez lui les meubles sont usagés, les vêtements viennent de la friperie, les lé­gumes sont récoltés en partie dans un potager collectif et l’ordinateur est une antiquité. Il se balade aussi à vélo toute l’année. Budget annuel : 15 000 $. «Le principal avantage de la simplicité volontaire, c’est de se libérer un peu du travail. On a ainsi plus de temps pour soi et plus de temps pour s’impliquer pour la société et tenter de la changer», clame M. Mongeau.

Il participe, entre autres, au mouvement Villes en transition, qui vise à développer à l’échelle du quartier ou des villes un réseau citoyen solidaire capable de faire face aux conséquences des changements climatiques et d’un pic pétrolier. «Pour redonner un sens à notre société qui a tendance à se déshumaniser, il faut se regrouper et tenter de changer les choses à l’échelle locale. Une société, ça se change par le bas», conclut-il. 

Chez lui

  • Il y a : une télé (pour les films), un vélo, un vieux Pentium
  • Il n’y a pas : de cellulaire, d’auto, de micro-ondes
  • Dernier achat extravagant : jouer au tennis à l’intérieur l’hiver (25 $/heure)
  • Dernier grand geste de simplicitaire : s’abonner à Commun’auto

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