Vive les nerds!
Quand Revenge of the Nerds est sorti en 1984, le film a été jugé, dépendamment de la personne qui le regardait, hilarant, stupide ou sans intérêt, mais en aucun cas prophétique. CeÂpenÂdant, 27 ans plus tard, force est de constater que les Poindexter et Booger de ce monde ont vaincu les Stan et Ogre. Les nerds auraient-ils gagné la guerre?
Vous qui lisez ces lignes, vous possédez sans doute des appareils conçus par Steve Jobs ou Bill Gates. Mark Zuckerberg a détrôné He-Man en tant que maître de l’univers. Et Twitter, avec ses messages de 140 caractères seulement, a une incidence sur la façon moderne de penser le monde.
Pourtant, le royaume des geeks ne se borne pas aux ordinateurs et à ce qui a émergé de la bataille du numérique ayant fait rage durant les années 1970 et 1980. Sur le plan culturel, un tournant s’est peut-être produit en août 2010, quand Jonathan Franzen a fait la couverture du magazine Time.
Rappelons qu’à cette occasion, les cercles littéraires se sont empressés soit de dénoncer, soit de louanger l’écrivain. Et le principal sujet de discussion n’a pas été la qualité de son roman Freedom (Liberté), mais le fait que Franzen était devenu un auteur grand public, dont même Oprah parlait.
D’aucuns ont estimé que cette âme érudite n’appartenait pas seulement à la conscience populaire, mais qu’elle y participait au moins en partie parce qu’elle adhérait à des principes chers aux nerds. Franzen répète en effet qu’il faut éviter tout conflit et suit à la lettre le conseil maternel par excellence : utiliser les mots plutôt que les poings pour résoudre les problèmes.
Puis, en février dernier, Arcade Fire, qui doit en bonne partie ses succès aux blogues musicaux et aux sites web – on se rappellera que le magazine Pitchfork, publié sur l’internet, a moussé la popularité du premier album du groupe, Funeral –, a remporté le Grammy de l’Album de l’année.
À cela, il faut ajouter que le film le plus lucratif de l’histoire, Avatar, met en scène des extraterrestres bleus, que Spiderman est présenté à Broadway et que Justin Timberlake porte des lunettes, un attribut traditionnel des geeks. Enfin, dans les cafétérias des écoles, on ne voit quasiment plus que des nerds à la table des ados les plus cool ou, du moins, que des ados jugés cool par les nerds!
Morgan Webb – coanimatrice de l’émission de jeux vidéo X-Play – a tenté de définir le terme «nerd». «Je pense que certaines personnes prennent ce qualificatif comme une insulte, mais pour ma part, je l’accepte volontiers, nous a-t-elle dit. Ce que ça signifie, c’est que vous n’avez pas peur de dire que vous aimez Star Wars. Vous avez même le droit d’en être fier.» Puis, sur un ton railleur : «Pour ma part, je suis une nerd avec une bonne couche de vernis.»
Mais quel est le poids véritable du terme «nerd»? Nathan Rabin, rédacteur en chef de A.V. Club, écrit : «Le bizarre est la nouvelle norme; la norme est le nouveau bizarre.» Il nous a précisé ce qu’il voulait dire dans un courriel : «La culture geek est devenue grand public, à tel point qu’entre elle et la culture populaire, il ne semble plus y avoir de grosse différence.»
Le comédien Patton Oswalt a abordé le sujet dans un article intitulé «Wake Up, Geek Culture. Time to Die» (Debout, culture geek. C’est l’heure de mourir). Il y explique que cette culture a commencé à être assimilée et à être jugée acceptable dès 1987, et qu’elle est devenue banale depuis l’avènement de l’internet (dont sont ironiquement responsables les nerds).
Pour le moment, les nerds jouissent encore d’une grande popularité. Mais pour combien de temps? Le coup de grâce pourrait venir de Revenge of the Jocks, long métrage que devrait réaliser Jeff Tremaine, qui nous a déjà donné Jackass. The Hollywood Reporter a présenté ainsi le scénario : «Trois hommes, des sportifs qui ont été très populaires au collège, sont obligés de s’adapter à un monde gouverné par les nerds.»
Finalement, les Poindexter et Booger auraient sans doute intérêt à rester sur leurs gardes!
Avant et après
- AVANT
Dans les années 1980, les stars des films d’action avaient de gros muscles, tandis que les nerds avaient de gros jock straps… - MAINTENANT
Les stars des films d’action sont affectées (Johnny Depp dans les Pirates), râleuses (Robert Downey Jr. dans Iron Man) ou tout simplement nerds (Shia LaBeouf dans Transformers). - AVANT
Les films inspirés des comics étaient une blague (sauf si vous étiez l’un des trois fans de Howard the Duck). - MAINTENANT
Tout provient des comics – à tel point qu’un film comme Priest peut être réalisé et ennuyer jusqu’aux amateurs du genre. - AVANT
Michael Jackson était un excentrique, mais se prenait trop au sérieux pour être qualifié de nerd. - MAINTENANT
Justin Timberlake donne une dimension sexy au show-business, et se définit comme un geek (il porte même des lunettes pour le prouver!). - AVANT
La grande comédie des années 1990, Friends, mettait en scène des personnages dans la vingtaine, urbains et pleins d’esprit. - MAINTENANT
La sitcom The Big Bang Theory connaît un succès monstre, tandis que les clones de Friends sont retirés de l’antenne saison après saison.