Du bonbon pour DSK
Dominique Strauss-Kahn (DSK) a désormais un allié de taille dans sa saga américaine : le New York Post. DSK était pourtant, il y a encore quelques jours, «Pépé le putois», le «Perv» (pervers), le «cochon» du FMI, bref le mal absolu. Mais, depuis sa libération sur parole, vendredi, il n’est plus la cible du tabloïd. Le septième plus grand quotidien américain s’est jeté à bras raccourcis sur sa présumée victime, la femme de chambre par qui le scandale sexuel est arrivé le samedi 14 mai.
Nafissatou Diallo est à présent une «escroc», et le New York Post, qui avait annoncé l’arrestation de Strauss-Kahn, n’y va pas avec le dos de la cuiller quand il parle de la réfugiée guinéenne de 32 ans aimant «faire la fête» et «boire malgré sa foi musulmane professée». Du bonbon pour DSK. Le Post l’avait lynché médiati-quement dans une demi-douzaine de unes. Il était forcément coupable. Peut-être, mais c’est à la justice de le déterminer. Alors, pourquoi un tel acharnement?
Selon Mark Crispin Miller, professeur de journalisme à l’Université de New York, les Français sont une cible facile pour la presse américaine. «Elle est en général anti-française pour des raisons idéologiques», précise-t-il dans un échange de courriels. Et quand un quotidien comme le Post appartient à un magnat ultraconservateur comme Rupert Murdoch, tout ce qui est français deÂvient suspect. Il l’est davantage lorsque le «Frenchie» appartient à la «gauche caviar», comme DSK.
Aux États-Unis, avoir reÂcours à un langage outrancier n’est pas un crime de lèse-majesté. Avec le Premier amendement sur la liberté d’expression, tout est permis. De toute façon, il ne faut pas avoir d’état d’âme quand on pratique du journalisme de caniveau. Que l’information soit fausse, ou à peine vérifiée, n’est pas important.
Ce qui compte, c’est de ne pas être poursuivi. Et si le nombre de copies vendues permet de couvrir n’importe quels frais judiciaires, alors au diable toute prudence… À présent, le Post n’hésite pas à écorner l’image de la femme de chambre. De victime, elle s’est transformée en prostituée. C’est une menteuse et une manipulatrice. Elle a tous les vices. L’ange a fait place au démon. Les avocats de DSK doivent se frotter les mains en vue du procès. Mais y en aura-t-il encore un? Le tabloïd l’espère bien. Cela fait de la bonne copie. Mais avant, il devra veiller à ne pas tuer la poule aux œufs d’or.
DSK n’est plus assigné à résidence
Le juge Michael Obus a décidé vendredi lors d’une brève audience de lever l’assignation à résidence de Dominique Strauss-Kahn et de le remettre en liberté sans caution. Les procureurs new-yorkais, explique-t-on de sources proches du dossier, ont désormais des doutes sur la crédibilité de la femme de chambre qui accuse DSK d’agression sexuelle et de tentative de viol, le 14 mai dans une chambre du Sofitel de New York.
L’ex-directeur général du FMI est désormais libre de ses mouvements sur le territoire américain, mais la justice américaine conserve son passeport. DSK, contre qui tous les chefs d’inculpation sont maintenus, n’est pas autorisé à regagner la France. La caution de 6 M$US a été restituée à DSK. La prochaine audience est prévue le 18 juillet. (Associated Press)