À feu et à sang

Jeudi 7 juillet, 17 h 35, arrondissement du Sud-Ouest. Un homme gît sur le sol, la tête dans une flaque de sang. Cette flaque se trouve dans la voie la plus à droite du boulevard De La Vérendrye en direc­tion ouest, celle qui longe le trottoir, à l’intersection du pont Stephens. Pas de panique. Un policier semble en train de parler à l’homme, sans le toucher toutefois. Derrière l’homme, une voiture de police bloque deux voies et le protège. Entre l’homme et moi, un véhicule immobilisé dans la voie de droite, apparemment immaculé et dont le conducteur est en discussion avec un deu­xième policier. Le cœur retourné, je passe mon chemin et m’engage pour traverser le boulevard lorsque le feu vire au vert. Comme cha­que soir, et cette fois malgré la présence de la patrouille policière, le premier véhicule en provenan­ce du pont Stephens qui tourne à gauche sur le boulevard semble surpris de voir un piéton traverser là. Il freine brusquement pour me céder le passage.

Depuis 2008, j’ai com-muniqué deux fois avec la Ville de Montréal par le biais du 3-1-1 pour lui signaler la dangerosité de cette intersection. La dernière fois, on m’a répondu qu’un feu pour piétons allait être installé comme cela était prévu à tous les feux de circulation de la ville et que cette intersec­tion aurait son tour. Ce tour n’est toujours pas venu et je crains qu’il faille un mort pour qu’un changement s’opère enfin.

Il ne pourrait s’agir que d’un bête accident, mais cet événement malheu­reux se fait plutôt le révélateur de l’incapacité de la Ville à appliquer et à respecter ses propres politiques. La Charte du piéton (p. 41 du Plan de transport 2008) est limpide quant à ce qui est souhaité : «Montréal va offrir aux piétons un environnement sécuritaire et convivial.» Le Sud-Ouest a déjà fait des efforts en posant de petits panneaux pour mettre en évidence les passages cloutés. Il faut maintenant s’assurer que les piétons soient en sécurité où qu’ils se trouvent afin d’obtenir la part du domaine public qui leur revient de droit.    

– Julien Surprenant-Legault, Montréal

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