L'«été indien» est arrivé
Les Indiens ont pleuré ces derniers mois contre la flambée des prix de l’oignon, aliment important dans leur cuisine, mais ils ne sont pas pour autant descendus dans la rue. Aujourd’hui, ils font bloc avec un vieil homme qui leur rappelle Mahatma Gandhi. Anna Hazare jeûne «jusqu’à la mort» pour en finir une fois pour toutes avec la corruption, mal endémique de la plus grande démocratie du monde.
Kizan Bapat Baburao – c’est son vrai nom – croit pouvoir éradiquer l’un des plus vieux fléaux de l’humanité. Plus de 60 % des Indiens auraient recours à des pots-de-vin dans leurs rapports avec l’administration publiÂque.
Sur la liste des 178 pays les moins corrompus, le deuxième État le plus peuplé de la planète se classe au 87e rang, selon l’ONG allemande Transparency International. Le Canada occupe quant à lui la sixième place.
Hazare, 74 ans, n’est pas un novice dans son combat contre le gouvernement central de New Delhi. En 2005, il avait refusé de s’alimenter pour faire voter une loi sur le droit à l’information. Elle est désormais en vigueur.
En avril, le vieil activiste a fait une grève de la faim de 100 heures pour que le gouvernement de Manmohan Singh muscle les lois anti-corruption en vigueur, sur papier, dans les 28 États de l’Union. Les promesses du premier ministre n’ayant pas été tenues, Hazare remet ça. Il ne mange plus depuis vendredi.
Il croit pouvoir gagner, car il a toute la classe moyenne derrière lui. Les 200 millions de «nouveaux riches» indiens estiment être les plus «taxés» par les bakchichs, petits et gros. Ils doivent avoir les poches toujours pleines pour grimper les échelons sociaux. Pour Jon Quah, qui depuis 1977 fait des recherches sur la corruption dans 22 pays asiatiques, en finir avec le fléau en Inde est un «rêve impossible», à moins que…
«Les Indiens eux-mêmes refusent de tolérer la corruption en ne donnant pas ou en n’acceptant pas de pots-de-vin pour les services rendus. Le gouvernement doit pour sa part renforcer ses lois anticorruption», explique, dans un échange de courriel, le professeur à la retraite de l’Université de Singapour.
Autant demander une révolution culturelle dans un pays marqué au fer rouge par la corruption. Anna Hazare le sait sans doute. Il lui faut gagner le cœur des pauvres. Ce sont encore eux les plus nombreux dans la troisième économie asiatique, mais prendre une journée de congé et manifester contre la corruption est un luxe qu’ils ne peuvent se payer.
Qu’importe, Anna Hazare a déclenché un «été indien». Il risque d’être long et chaud.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.