Les victimes collatérales du 11 septembre 2001
Anthony DePalma, ancien journaliste du New York Times, récipiendaire d’un prix Pulitzer et écrivain en résidence à l’Université Seton Hall, au New Jersey, a écrit le livre City of Dust, qui traite de la poussière qui a fait tant de victimes.
Comment avez-vous réagi quand vous avez su qu’un avion s’était écrasé contre le World Trade Center?
J’étais à San Diego, dans le lobby de mon hôtel, et je regardais les images de la tour enfumée à la télévision. Au début, j’ai cru que c’était un accident. Mais il est rapidement devenu assez clair que quelque chose d’extraordinaire se passait. Quand la première tour s’est effonÂÂdrée et que j’ai vu les gens continuer à grignoter leurs beignets autour de moi comme si de rien n’était, j’ai eu envie de me lever et de leur crier : « Est-ce que vous vous rendez compte de ce qui est en train de se passer? » J’étais loin de chez moi et de la plus grosse histoire de ma vie!
Qu’est-ce qui vous a amené à écrire sur les victimes collatérales des attentats?
Le fait que je n’étais pas présent quand c’est arrivé. Je sentais que c’était mon devoir de journaliste d’aider les gens à comprendre ce qui s’était passé.
Y a-t-il eu beaucoup de journalistes qui ont souffert d’avoir couvert l’événement?
Oui, il y en a eu, mais encore plus de photographes. Ces derniers voulaient être aussi près que possible [de l’action]. Ce
que nous savons aujourd’hui sur la poussière causée par la chute des
tours, c’est qu’elle fut le plus dommageable pour les personnes présentes sur les lieux au moment de l’effondrement.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris pendant vos recherches?
Quand deux bâtiments de 110 étages s’effondrent, ils laissent derrière eux du métal et BEAUCOUP de poussière. Il n’y a rien de reconnaissable dans cette poussière, car le feu et l’é-nerÂgie de la chute ont tout détruit, sauf… les cheveux!
Une autre chose qui m’a surpris c’est qu’au fil de mes recherches, j’ai réalisé combien il était difficile de faire un lien indiscutable entre l’exposition à un contaminant (la poussière) et une maladie. De nombreuses personnes m’ont confié qu’un proche était en pleine forme, qu’il faisait du sport et était en santé avant d’avoir participé aux activités de secours. Aujourd’hui, ce même proche a un cancer des poumons, il ne peut plus monter les escaliers, il souffre d’un problème d’anxiété, etc. Qu’est-ce qui peut bien avoir causé cela si ce n’est que la poussière? À ma grande surprise les réponses étaient autres. Mais aujourd’hui, on y est presque.
Est-ce que les autorités ou les employeurs auraient pu prévenir ces séquelles?
La seule chose qui aurait pu être fait c’est de dire à ton employé d’arrêter de couvrir l’histoire. Mais dans le monde des médias, c’est impensable! Un journaliste qui est à fond dans son reportage ne voudra jamais arrêter.
Est-ce que les événements du 11 septembre ont changé la façon de faire du journalisme?
Je ne crois pas non. Ça nous a affectés en tant qu’individu, en tant qu’Américain, mais je trouve que c’était une histoire qu’on a traité comme dans le du bon vieux temps. Quelque chose est arrivé, puis nous avons rapporté ce qui était arrivé. Le New York Times a écrit des milliers de petits portraits sur des individus. On n’y racontait pas leur vie au complet, mais on partageait certains faits sur eux pour que ces 3000 vies n’est pas été prises en vain. C’est la dernière histoire importante que nous avons fait avons fait à l’ancienne.
Pour plus d’information sur l’auteur ou sur le livre City of Dust, visitez le site d’Anthony DePalma.