L'«exceptionnalisme» américain demeure
Peu avant sa mort l’an dernier, l’historien américain Howard Zinn rappelait ceci : son ami le comédien Barry Crimmins se faisait souvent dire d’aller vivre à l’étranger en raison de ses critiques cinglantes des États-Unis de George W. Bush au lendemain des attentats du 11 septembre. «Surtout pas, répondait-il alors, je ne veux pas être victime de la politique étrangère américaine.»
Dès leur naissance, les États-Unis se sont considérés comme une «cité étincelante au sommet d’une colline», pour reprendre la formule de l’ex-président républicain Ronald Reagan. Au nom d’un «exceptionnalisme» politique, économique et culturel, l’hyperpuissance mondiale avait, selon ses besoins et ses intérêts, une politique étrangère fluctuant entre le multilatéralisme et l’unilatéralisme.
Les attentats contre les tours jumelles du World Trade Center et le Pentagone ont changé la donne. L’unilatéralisme a triomphé. La rhétorique du «nous contre eux» a dominé la présidence de Bush. Celle de Barack Obama est moins revancharde, mise davantage sur la carotte que sur le bâton, mais être le gendarme du monde, c’est forcément ne pas faire dans la dentelle, surtout quand la menace terroriste plane toujours.
Nous étions «tous Américains», avec les attentats de 2001 survenus 10 ans après la fin de la guerre froide et la victoire sur le communisme, ce vieil ennemi remplacé par le terrorisme islamiste. Les mots n’étaient pas assez forts pour exprimer le choc ressenti. L’émotion était grande. Le temps a passé, et dans un monde se voulant de plus en plus multipolaire, l’anti-américanisme est revenu au galop.
Le colosse étoilé n’en a cure. Les conséquences structurelles du 11 septembre n’ont rien changé. Il demeure le plus fort, malgré la montée en puissance de la Chine, notamment. S’il a l’habitude d’être envié, détesté, il ne peut cependant plus tourner le dos au monde, comme il l’a déjà fait à quelques reprises. D’autant qu’il a de moins en moins les moyens de sa politique, tant chez lui qu’à l’étranger.
Pour l’heure, l’hyperpuissance est trop occupée à se sortir de la grande récession, qui a des effets aussi dévastateurs sur les Américains que les retombées du 11 septembre sur certaines de leurs libertés personnelles, confisquées au nom de la lutte contre le terrorisme.
Malgré tout, les Américains ne doutent pas de leur «exceptionnalisme» et dans leur pays insulaire ils s’estiment encore les mieux qualifiés pour conduire les affaires du monde. Ils ne sont pas les seuls à le croire.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.