Printemps arabe dans la tourmente?
Il y a un an, la rue arabe s’est soulevée. Des jeunes ont bravé la peur pour affronter des machines sécuritaires impitoyables à la solde de régimes pour la plupart totalitaires, voire sanguinaires. Des jeunes ont conjuré ce sort qui condamne les Arabes à l’exception du concert des nations démocratiques. Un an après, quel est le bilan?
Premier constat: un dictateur lynché (le Libyen Kadhafi), un autre réchauffe le box des accusés (l’Égyptien Moubarak), un troisième en fuite (le Tunisien Ben Ali) et deux autres sont en train d’exterminer toute velléité de changement (le Syrien al-Assad et le Yéménite Saleh).
Deuxième constat: des élections ont eu lieu en Tunisie, en Égypte et au Maroc. Les trois scrutins ont tranché, les islamistes ont la cote auprès des électeurs arabes. Certes, ceux qui sont venus en tête des scrutins se présentent comme des modérés (comme l’AKP d’Erdogan en Turquie), n’empêche il faut reconnaître que derrière les lauréats se cachent en embuscade les salafistes, le Tea party des mouvements ultraconservateurs en Arabie.
Alors, des voix se sont élevées en Occident pour ironiser «Tout ça pour ça!» En effet, islamistes modérés ou pas, la sauce de la démocratie ne semble pas prendre dans les pays qui ont réussi à passer leur dictateur à la trappe. Dans cette catégorie, la Libye est un exemple criant. Son économie peine à se remettre debout et des milices aux agissements anarchiques sont accusées d’avoir commis des violations massives. Le dernier rapport d’Amnesty International est sans équivoque! Pire, toutes les données recoupées sur la Libye par des ONG indépendants et fiables comme Human Rights Watch, Amnesty International et Médecins sans frontières sont alarmantes. On dit même que le Comité international de la Croix-Rouge n’a pas pu avoir accès à tous les centres de détention.
Et en Tunisie, les islamistes peinent à cacher leur agenda secret, celui de jouer la montre pour imposer une vision stricte de l’islam d’ici les vingt prochaines années. Au Maroc, plusieurs spécialistes arguent que les islamistes aux commandes du gouvernement sont un leurre, alors que le vrai pouvoir est toujours entre les mains du roi et de sa cour! Et les autres pays arabes sont dans l’expectative! Entre l’arrivée massive des islamistes dans les pays qui ont osé le scrutin démocratique et la stratégie de la terre brûlée à la syrienne, ils ont choisi la salle d’attente!
En réalité, ceux qui croient naïvement qu’il suffit de braver la peur, de sortir dans la rue et de lyncher un dictateur pour accéder à la démocratie se trompent. Le chemin vers la transition démocratique est long, périlleux et sans garantie en fin de compte.
Dans l’histoire récente de l’humanité, comme dans le cas de l’émancipation des pays du bloc de l’Est du totalitarisme du parti unique et celui de l’affranchissement de l’Afrique du Sud du régime de l’apartheid, on a appris que chaque pays est une exception et que ce sont ses citoyens qui arriveront à combattre leurs démons! C’est au prix d’une réconciliation longue et douloureuse qu’un peuple trouve sa voie vers la liberté, sans aucune intervention ni ingérence!