Jean de La Fontaine au Venezuela
Hugo Chávez a toujours refusé de débattre avec Henrique Capriles Radonski, son adversaire à la présidentielle vénézuélienne de dimanche prochain. Il le qualifie de «rien». Ce suprême mépris causera-t-il sa perte?
Le commandant est sûr de sa victoire. Il affuble son rival conservateur de toutes sortes de quolibets : «porc», «laquais de la bourgeoisie», «néonazi», «lèche-cul de l’Empire» (les États-Unis). C’est bien connu, Chávez n’a jamais eu la langue dans sa poche.
Il devrait quand même prendre garde, car le «Flaquito» (le «petit gars») est un peu comme la tortue dans la fable de La Fontaine. Capriles, 40 ans, fait campagne depuis février. Chávez, 57 ans, ne daigne même pas courir. Au pouvoir depuis 1999, il est convaincu de remporter un quatrième mandat de six ans.
Les sondages le donnent gagnant, mais les indécis friseraient les 30 %. Ces derniers jours, Chávez a haussé le ton. S’il est élu, Capriles pourrait mener le pays, cinquième exportateur mondial de pétrole, «jusqu’à la guerre civile», martèle-t-il.
La polarisation entre chá-vistes et antichávistes est telle qu’il suffirait d’un rien pour mettre le feu aux poudres. Une victoire serrée, par exemple.
S’il devait perdre, Chávez concéderait-il la victoire? S’il devait mourir à cause de son cancer, qui le remplacerait une fois réélu? Sa fille Rosa Virginia afin d’assurer la pérennité de son héritage?
Dans tous les cas, en 13 ans, le 52e président du Venezuela n’a jamais d’adversaire aussi redoutable que Capriles. Il se dit de «centre gauche» et pire encore, évite de prononcer son nom, lui Chávez le «socialiste» qui a réussi à tisser des liens émotionnels avec son peuple et a permis toutes les heures à 26 Vénézuéliens de sortir de l’extrême pauvreté.
Faux sur ce dernier point, lui répond Capriles. La pauvreté est en hausse puisque la criminalité ne cesse d’augmenter avec deux morts toutes les heures. Caracas est désormais la capitale la plus dangereuse de toute l’Amérique du Sud, et l’économie vénézuélienne est la seule du sous-continent qui soit en récession.
Plus au nord, les États-Unis surveillent discrètement le paysage vénézuélien qui est totalement absent de la campagne présidentielle américaine, comme d’ailleurs toutes les questions internationales. À défaut de pouvoir se débarrasser de l’«épine Chávez», fer de lance de la contestation «anti-Yankee», l’«Empire» a tout fait pour l’isoler diplomatiquement. En vain.
Une victoire de Capriles permettrait enfin à Washington de chanter comme la cigale de La Fontaine.