Manifestations à Haïti: un vent d’instabilité souffle sur Port-au-Prince

La manifestation de plusieurs milliers de personnes, dimanche dans la capitale haïtienne,  confirme un certain ras le bol exprimé un peu partout à travers le pays ces derniers jours. Mais ce qui semblait être un mouvement de revendications populaires est en train de se transformer progressivement en une dynamique de contestation plus large visant à renverser le régime du président Joseph Michel Martelly.

Le parti Fanmi lavalas de l’ancien président Aristide, la Plateforme politique Inite de l’ancien président Préval ainsi qu’une vingtaine d’autres partis et regroupements politiques ont pris part à la manifestation pour demander au gouvernement Martelly-Lamothe de «délivrer la marchandise ou de se désister pour incompétence». Malgré la prudence affichée par certains responsables présents, on sent que la mouvance s’achemine plus vite qu’on ne le pense vers une nouvelle période d’instabilité en Haïti.

La débandade constatée au sein de l’appareil gouvernemental, qui effectue depuis quelque temps une purge à n’en plus finir (révocation de secrétaires d’État, de représentants de l’exécutif en province ou de commissaires du gouvernement) semble vouloir légitimer les suspicions contre un pouvoir qui se cherche encore après un an et demi de gestion. Le dernier épisode au sein de la justice, où trois chefs se sont succédés à la tête du parquet du tribunal de la capitale en quarante-huit heures, est loin de pouvoir rassurer des observateurs de plus en plus inquiets.

La réaction de certains membres de l’exécutif est aussi empreinte d’un amateurisme qui ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Le premier ministre Laurent Lamothe a apporté de l’eau aux moulins de ceux qui tentent de relancer la vieille querelle de couleur en qualifiant les manifestants des quartiers pauvres de mercenaires. Il a tenté d’y remédier depuis, mais dans une ambiance aussi volatile, la rétractation ne résoudra pas le problème.

Avec les prochaines manifestations annoncées, le président Martelly qui rentre de sa visite aux Nations-Unies ce lundi aura du pain sur la planche. Il devrait au moins tenter de calmer les esprits, en cédant un  peu de terrain sur des dossiers chauds comme celui du Conseil électoral permanent. Un remaniement ministériel dans cette conjoncture pourrait aussi être salutaire.

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