Coupe du monde de rugby: l'heure du bilan

(Durant la Coupe du monde de rugby, qui se tient du
9 septembre au 23 octobre en Nouvelle-Zélande, j’invite de façon régulière mon
collègue Lionel Martin à venir discuter avec moi de tout ce qui se passe dans
le merveilleux univers de ce sport aussi spectaculaire que brutal.)

L’heure est au bilan. La Nouvelle-Zélande a battu de justesse la France pour remporter le deuxième titre mondial de son histoire. L’Australie a décroché la troisième position en disposant du Pays de Galles tandis que des équipes comme l’Angleterre et l’Afrique du Sud, qui croyaient avoir des chances de l’emporter, se remettent en question.

Nous demandons donc à notre spécialiste, Lionel Martin, de faire son bilan de la dernière Coupe du monde de rugby.

Mathieu : la France a essuyé bien des critiques pour sa victoire peu convaincante contre le Pays de Galles en demi-finale. Est-ce que les Bleus se sont rachetés malgré leur défaite d’un point contre les All Blacks en demi-finale?

Lionel : oui, les Bleus ont prouvé qu’ils avaient leur place en finale. Clairement, ils auraient pu l’emporter avec un peu plus de chance. J’ai trouvé que la finale était un très beau match malgré le peu de points marqués. Ce fut un très beau combat, avec deux défenses impeccables et qui n’ont rien cédé. Les regroupements ont donné lieu à de belles batailles et à très peu de fautes. Ce fut un match très technique et très engagé de deux équipes qui étaient finalement très proches. Plus qu’on pensait avant le match. Assurément un beau match de rugby pour terminer une compétition sans surprise – à part la défaite des Bleus contre les Tonga – mais qui a donné de beaux matchs et des duels très serrés dès les quarts de finale. Les Bleus, très critiqués par moment, ont finalement réalisé une Coupe du monde satisfaisante. Et la Nouvelle-Zélande, qui a semblé moins dominante depuis les quarts de finale, a aussi rempli son contrat : gagner chez elle et remporter – enfin – un deuxième titre mondial.

Mathieu : nous pouvons aussi faire un petit retour sur le match pour la troisième place. L’Australie a réussi à trouver l’énergie pour battre les Gallois malgré sa déception de ne pas participer à la grande finale. Le Pays de Galles, pour sa part, est tombé un peu à court même s’il considérait qu’il aurait dû l’emporter en demi-finale. Les deux équipes n’étaient peut-être pas dans le meilleur état d’esprit avant d’entamer ce match. La logique a donc été respectée quand la meilleure formation «sur papier» l’a emporté.

Lionel : vendredi, les Australiens semblaient effectivement ceux qui avaient le plus envie de jouer ce match. Les Gallois n’avaient pas leur enthousiasme habituel et semblaient un peu résignés… Ce fut un beau match, malgré tout, avec de beaux mouvements. Le plus appliqué et impliqué des deux l’a logiquement emporté. Ces deux équipes relativement jeunes seront sans doute parmi les favorites dans quatre ans en Angleterre pour la prochaine Coupe du monde.

Mathieu : Et rapidement, quelles sont les belles surprises et les grandes déceptions de la dernière Coupe du monde?

Lionel : commençons par les déceptions : le champion sortant, l’Afrique du Sud, n’était pas à son meilleur niveau. Les éléments fondamentaux étaient là, mais il manquait clairement quelque chose à cette équipe robuste et appliquée ,mais qui ne semblait ni faire le jeu ni être capable de trouver des solutions originales dès que l’adversaire était à son niveau. Les Anglais aussi ont déçu : ils arrivaient auréolés de leur victoire dans le Tournoi des 6 nations 2011, mais ils ont semblé eux aussi manquer fondamentalement de fond de jeu à la Coupe du monde et se sont fait sortir par les Français en quarts de finale. C’est un peu inquiétant alors qu’ils organisent la Coupe du monde dans quatre ans.

Un autre équipe, qui a fait un tournoi très décevant, c’est le Japon qui organisera la Coupe du monde en 2019. Malgré le recrutement important de joueurs étrangers, un entraîneur néo-zélandais prestigieux et quelques beaux matchs de préparation réussis, les Japonais ont fini la Coupe du monde avec zéro victoire et deux points du match nul contre le Canada. Pas très concluant pour une équipe qui veut briller lors de sa coupe du monde. Ils leur restent huit ans pour progresser, mais 2011 ressemble à un coup d’arrêt.

Dans la catégorie, surprise et déception à la fois, je mettrais les Irlandais. Capables de battre l’Australie en poule, ils échouent encore une fois en quart de finale à la Coupe du monde. Décevant! La génération O’Driscoll, qui composait l’équipe, prend sa retraite. Elle restera comme une équipe de coups, mais qui a eu du mal à gagner dans la durée. Dommage, car elle a donné de très belles victoires au Trèfle.

Au niveau des surprises, il y eu la bonne tenue générale des «petites» équipes en poules. Très peu de scores fleuves ou d’équipes qui ont fait de la figuration – à part peut-être la Namibie. Même la Russie, à sa première participation, n’a pas sombré, tenant tête aux Américains et leur arrachant un point de bonus défensif. Et le point d’orgue fut la victoire des Tonga sur la France – qui a d’ailleurs eu très peu de conséquences sur le tournoi.  

Pour moi, la révélation du tournoi est bien sûr le Pays de Galles. On sentait que cette jeune équipe avait un gros potentiel, mais il s’est vraiment révélé pendant la Coupe du monde. Avec l’expérience acquise, le Chardon sera un sérieux candidat au titre en 2015 et, pour commencer, le Tournoi des 6 nations en 2012!

La vraie surprise de la Coupe du monde est en fait son absence de surprises : la Nouvelle-Zélande a gagné sa Coupe du monde, les nations «historiques» du rugby ont dominé la compétition, malgré une hausse du niveau général de jeu. Et aussi une petite déception, qui va avec : les scores ont été de plus en plus serrés, plus la compétition avançait – ce qui est logique –, mais la prime est trop souvent allée aux défenses. À l’image de la finale et de la demi-finale France – Pays de Galles, j’ai trouvé que les coups de folie, les envolées des lignes arrières dans un jeu débridé et les essais sortis de nulle part ont été trop absents des matchs serrés. Le rugby reste un jeu et les équipes «joueuses», tentant des actions originales ou débridées, n’ont pas été récompensées. C’est une tendance qui m’inquiète un peu, car cela rend les matchs un peu moins attractifs, moins spectaculaires et plus axés sur le résultat. Même les Black ont joué à ce petit jeu en finale. Je ne peux que souhaiter, qu’à l’avenir, la tendance s’inverse pour que le rugby reste un spectacle offensif et non un jeu de passe-défense qui réussit 1 fois sur 100 et dont le score se décide à coup de pénalités!

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