Le voile de la discorde
C’était quelque part au milieu de la décennie 2000. Je participais à un débat sur la diversité. La controverse sur l’immigration et l’islam battait son plein.
Durant le repas du midi, une gestionnaire du ministère de l’Immigration, aussi élégante que bien articulée, m’a lancé en aparté : «Je tolère tout, mais dès que je vois une femme voilée, le poil me dresse sur les bras.» J’aurais pu lui rétorquer : «Mais que faites-vous dans ce milieu si la différence vous métamorphose en hérisson?» Ça ne valait pas la peine.
Ceux qui sont irrités par le port du voile et brandissent le spectre de l’islamisation radicale galopante chez nous se trompent de cible. Ils ne font qu’aggraver la discorde et la condescendance, voire la haine et le mépris!
Ici, une femme portant le hijab n’est pas forcément soumise à un barbu qui la torture loin des regards. À cet égard, on peut aussi dire qu’une femme qui suit les modes super sexy n’est pas forcément l’esclave du culte du corps ni d’un maquereau ou d’un compagnon qui la traite comme son objet sexuel. L’habit ne fait pas le moine.
Dans une société civilisée, démocratique et respectueuse des droits de la personne, l’État et la société n’ont pas à entrer dans la tête des gens, leur cœur, leur conscience, et surtout pas dans la chambre à coucher d’adultes consentants. Autrement, on va finir par sombrer dans un univers kafkaïen à la Big Brother.
Je ne suis ni contre, ni pour le port du voile. Ce qui m’indignerait, c’est une personne qui obligerait une femme à le faire ou celle qui ferait l’apologie de la supériorité des hommes sur les femmes. Toute la nuance est là!
Les bâtisseurs du Québec ont été avant-gardistes. Ils nous ont offert la possibilité raisonnable d’accommoder autrui. Avec la notion de contrainte excessive d’un accommodement, ils nous ont aussi offert la possibilité de protéger notre société contre l’abus.
La liberté de conscience s’arrête à partir du moment où il y a une autre personne qui en pâtit ou si son coût social et économique sont insupportables pour la communauté.
Il est légitime de défendre ardemment la démocratie libérale que nous a léguée ceux qui ont fait du Québec un coin du monde qui garantit les libertés de tous sans distinction, exclusion ou préférence fondée, entre autres, sur la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle et la religion, pourvu qu’ils respectent la loi.
Le vrai test qui détermine la grandeur d’un peuple ouvert et tolérant n’est pas dans sa capacité à douter et à mépriser la sincérité de conscience de sa minorité. C’est sa capacité à accommoder son monde dans le respect.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.