À propos de ma chronique sur Richard Martineau
Un lecteur, Ahmed Moussa, m’a adressé un courriel en réaction à ma chronique «Richard Martineau, dites-moi, à qui profite l’islam radical?». Voici ma réponse:
M. Moussa,
Tout d’abord, merci d’avoir accordé un intérêt particulier à ma chronique. Et je suis d’accord avec vous sur un point, M. Martineau tire sur tout ce qui bouge, souvent, hélas, hors contexte. Ce n’est pas par la colère, l’invective, la condescendance ou le mépris qu’on réglera nos débats de société dans un contexte diversifié.
Dans ma chronique qui vous a fait sortir de vos gonds, je voulais mettre le doigt sur un angle occulté par M. Martineau: l’intégrisme musulman n’est pas seulement dû à une vision rétrograde de l’islam, il est le résultat d’un contexte historique et géostratégique complexe et compliqué.
Par ailleurs, en m’accusant d’être absent alors que M. Martineau combattait le mal partout, j’aimerais vous rappeler que j’ai embarqué dans la joute médiatique en 2007. Depuis longtemps, j’affirme qu’il ne faut pas être titulaire d’un doctorat pour comprendre que l’intégrisme islamiste, comme d’ailleurs celui des autres religions, est un cancer et que les premières victimes de l’islamiste djihadiste sont des musulmans.
Depuis 2008, je répète inlassablement que la commission Bouchard-Taylor a pondu un rapport extraordinaire. Le Livre blanc sur la laïcité ouverte proposée par MM. Bouchard et Taylor aurait pu permettre de légiférer et fixer des règles claires en matière d’harmonisation culturelle pour favoriser un réel vivre ensemble. Mais nos politiciens n’ont pas endossé leurs responsabilités. Et des chroniqueurs en feu, comme M. Martineau, l’ont taillé en pièce, moins de 24 heures après sa parution.
La Charte de Drainville est une copie des recommandations de Bouchard-Taylor avec un seul ajout: élargir l’interdiction du port des signes religieux à tous les employés de l’État.
Je l’ai souvent répété à la radio et dans mes chroniques: la seule divergence manifeste dans ce débat sur la Charte est celle touchant la neutralité des individus. Entre ceux qui veulent interdire le port des signes religieux ostentatoires à tout le personnel de la fonction publique et ceux qui proposent de circonscrire cette interdiction à certains postes qui représentent une forme de coercition, comme ceux du président de l’Assemblée nationale, des juges, des procureurs de la Couronne et des policiers, un accord historique est possible.
Dans mon cas, même si je suis contre un État qui dicterait à son peuple comment se vêtir, se nourrir, quelle boisson consommer et quelles coutumes suivre, je me suis rallié, en 2008, à la position de Bouchard-Taylor. C’est une solution qui va plus nous unir que de créer des ghettos. Sinon, le prix à payer sera lourd pour les générations futures du Québec. Avec la Charte de Drainville, la discrimination sera coulée dans le béton.
En passant, en plus d’éminents spécialistes des questions de la gestion de la diversité et de l’immigration, trois anciens premiers ministres du Québec, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry, ont fini par adhérer à la vision de Bouchard-Taylor. Malheureusement, il semble, dans votre cas, comme celui d’une grande majorité, que des prises de position comme les miennes passent inaperçues. C’est pour cette raison que j’ai consacré ma chronique «Faiseurs d’opinions, rigueur et diversité!» à ce fléau.
De la discussion jaillit la lumière!
Cordialement,
Hassan
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La lettre de M. Moussa à Hassan:
Mr. Serraji,
Je ne suis pas d’accord avec les propos tenus dans votre chronique du mercredi 8 janvier 2014 où vous dénoncez un journaliste bien en vue. Permettez-moi donc, au nom de la liberté d’expression, de vous répondre.
Où étiez- vous quand Richard Martineau dénonçait les demandes d’accommodements religieux qu’auraient obtenus des juifs hassidiques dans «l’affaire des fenêtres givrées» d’un YMCA de Montréal?
Où étiez-vous quand il a abondamment commenté, critiqué et dénoncé le port du Kirpan dans une école de l’ouest de l’île?
Où étiez-vous quand Mr. Martineau pointait souvent du doigt l’emprise dictatoriale des mollahs et autres roitelets des pays du Golf sur les violations des droits de l’homme ainsi que la complaisance et le silence de l’Occident parce qu’on est dépendant de leur or noir?
Où étiez-vous quand ce même Richard Martineau s’en est pris énergiquement à l’Église Catholique et au Cardinal Ouellet sur des sujets aussi controversés que la pédophilie, le célibat des prêtres, l’avortement, l’euthanasie ou le mariage des conjoints de même sexe?
Vous faites carrément de la mémoire sélective lorsque vous écrivez que Mr. Martineau aime seulement «casser du sucre» dans le dos des musulmans. Vous démontrez par là une preuve flagrante de malhonnêteté intellectuelle.
Mr. Martineau fait feu de tout bois et critique tous les accommodements religieux d’où qu’ils soient, sans discriminations.
Il est aussi l’un des rares esprits libres d’ici qu’on admire pour son franc-parler. Mr. Martineau ne fait que dire haut et fort ce que l’élite québécoise en majorité blanche, catholique et francophone pense tout bas de peur d’être traitée de raciste, d’islamophobe et d’antisémite.
Beaucoup d’entre nous avions fui des dictatures militaires ou des régimes théocratiques pour venir trouver refuge à l’ombre de la fleur de lys: Un havre de paix, de justice, de laïcité et de démocratie.
La Charte Canadienne des Droits et Libertés est devenue pour certains individus minoritaires mais bruyants, un moyen, une voie, un tremplin afin de demander n’importe quel accommodement religieux souvent contraire aux valeurs du Québec et de ceux qu’il accueille par milliers chaque année.
La Charte des Valeurs québécoises est une bénédiction du ciel. Beaucoup d’immigrants comme moi espèrent sa ratification par nos députés au plus vite.
Je n’accepterais jamais de me faire servir par un employé de l’État qui arborerait un signe religieux ostentatoire. Car ces signes distinctifs sont une source de pollution visuelle, dénaturent l’espace public, infériorisent la femme et, comme des récents sondages l’ont démontrés, créent un malaise au sein de la population en général.
Je voudrais terminer en paraphrasant un peu Voltaire, le célèbre auteur de «Zadig» et de «l’Ingénu», connu pour son combat contre « l’infâme », nom qu’il donnât au fanatisme religieux.
Mr. Serraji, vous avez beau ne pas être d’accord avec les opinions de l’un des animateurs des «Francs Tireurs», mais je sais qu’il se battrait jusqu’au bout pour que vous et nous tous ayons le droit de les exprimer aussi.
À bon entendeur, salut!
AHMED MOUSSA
Montréal (QC)