Radiographie d’une radicalisation programmée
Leur radicalisation est documentée, leur allégeance aux djihadistes est notoire, et ils sont fichés par les services français. Pourtant, ces loups solitaires passent facilement à l’acte! Mehdi Nemmouche, le présumé auteur du récent attentat de Bruxelles, en est le nouveau visage.
Il a été interpellé presque par hasard à sa descente de l’autocar, à Marseille. Il avait dans ses bagages un pistolet de calibre 38 avec 57 cartouches et une Kalachnikov à crosse rétractable chargée et 261 cartouches. Pour vous dire, on a frôlé un carnage en pleine gare routière.
Dans les affaires de Mehdi Nemmouche, on a aussi trouvé un drap blanc frappé du sigle d’un groupe islamiste radical présent en Syrie, un masque à gaz, une caméra miniature et un appareil photo. Le gars trimbale nonchalamment l’attirail du parfait terroriste. Intrigant!
Comment est-ce possible? La trajectoire est la même : enfance chaotique, jeunesse difficile et, tranquillement, Mehdi Nemmouche bascule dans la petite délinquance. Plusieurs fois condamné, il effectue de courts séjours en prison, avant la grande condamnation. L’islam radical le séduit derrière les barreaux.
C’est de 2007 à 2012 que tout bascule pour Mehdi Nemmouche. En prison, il tombe dans les griffes de la radicalisation. Après sa sortie, le 31 décembre 2012, il part en Syrie pour le djihad. Pendant plus d’un an, il combat au sein de l’État islamique en Irak et au levant (EIIL), la nouvelle Al-Qaïda, mais avec plus de violence que la nébuleuse de Ben Laden à son apogée.
Un an plus tard, le 18 mars dernier, les services de renseignement allemands alertent leurs homologues français. Mehdi Nemmouche est de retour en Europe, via l’aéroport de Francfort. Puis, plus rien. Il disparaît des écrans radars. Le 24 mai dernier, il réapparaît le jour de la tuerie de Bruxelles.
Il y a deux ans, c’était Mohammed Merah. Aujourd’hui, c’est Mehdi Nemmouche. Au lieu d’attendre leur carnage pour sévir, il aurait été plus judicieux de «désamorcer» la plupart de ces jeunes Français reconvertis au djihad.
Dès le début de leur enfance chaotique et durant leur jeunesse difficile faite de petite délinquance, ces jeunes sont récupérables par la société. Et pourquoi les prisons de la république sont-elles devenues impunément une fabrique de djihadistes? Comment les yeux et les oreilles de la république n’arrivent-ils pas à surveiller les camps terroristes dans des pays en guerre comme l’Afghanistan, l’Irak, et maintenant la Syrie?
Plus de 700 djihadistes français auraient séjourné en Syrie; 250 s’y battraient encore. La plupart sont fichés, mais la police française reste impuissante faute de moyens. Jusqu’à quand?
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.