Les mystères de la ponctuation
Avec l’arrivée de Facebook et des messages textes, les relations entre êtres humains capables de communiquer se sont légèrement compliquées. Et en ce qui a trait à la séduction, les courriels et les SMS ont été un vrai désastre.
Vous avez rencontré quelqu’un dans une soirée et le lendemain, vous décidez de l’ajouter à vos amis sur Facebook. Vous lui écrivez un petit mot pour lui dire que vous avez été ravi de faire sa connaissance et que vous espérez le revoir. Avouez que vous allez peser vos mots! Vous allez peut-être même demander conseil à deux ou trois amis pour vous assurer que votre message traduit bien votre pensée.
Vous voulez avoir l’air enthousiaste, mais pas trop. Le nombre de points d’exclamation utilisés revêtira alors une importance capitale! Les virgules devront aussi être placées aux endroits stratégiques.
Quand vous recevrez la réponse, vous analyserez également le contenu du message tel un examen d’épreuve uniforme de français. Si le ton utilisé semble neutre, vous vous direz : «Ça y est, il ou elle n’est pas intéressé!» Si la personne a utilisé un point d’exclamation à la fin de son message, vous vous direz : «Ça y est, l’affaire est dans le sac!»
Si vous poussez la note et que vous osez écrire un message texte à votre prétendant ou à votre prétendante pour lui proposer un rendez-vous, l’expérience risque aussi d’être complexe. Devez-vous utiliser des binettes ou des émoticônes, user d’humour, ou aller droit à l’essentiel? Si la personne concernée vous répond, devez-vous attendre quelques heures avant d’envoyer votre réponse, histoire d’avoir l’air occupé et surtout histoire de ne pas avoir l’air d’être pendu à votre téléphone? À quand un guide complet pour la cruise via Facebook et SMS reconnu par tous?
Je m’ennuie du temps où le téléphone servait… à téléphoner! On prenait le numéro inscrit sur un bout de papier ou sur un carton d’allumettes, on respirait un bon coup et on composait avec nos doigts fébriles. En quelques secondes seulement, on pouvait juger notre interlocuteur. En moins d’une minute, on pouvait savoir si la personne à l’autre bout du fil était heureuse ou non de recevoir notre appel. On pouvait convenir d’un rendez-vous rapidement et ne pas à avoir à s’envoyer 10 000 courriels ou messages textes de confirmation.
J’ai l’impression qu’en 2010, on utilise Facebook, les courriels et les messages textes parce qu’on a peur du rejet et qu’on ose de moins en moins être direct. Plus l’échange de messages dure, plus on garde espoir. On préfère mettre des points de suspension plutôt que dire clairement ce qu’on veut…
J’ai toujours trouvé les règles de ponctuation compliquées, mais aujourd’hui, elles sont devenues un vrai mystère. Marie-Éva de Villers, aidez-nous!
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.