Les faits, s'il vous plaît!
Sitôt nommé ministre fédéral de l’environnement, Peter Kent a déclaré que le pétrole extrait des sables bitumineux était «éthique sous tous les aspects». Évidemment, cette déclaration n’a pas beaucoup de rapport avec la réalité; cela a été souligné par presque tous les observateurs et commentateurs. Par contre, on a peu ou pas souligné le fait que les propos du ministre constituent un piège qui nous est tendu et dans lequel il nous faut absolument éviter de tomber.
Ce piège consiste à tout aborder du point de vue de la morale et de diviser ainsi la société entre les bons (ceux qui sont «éthiques») et les méchants (ceux qui ne le sont pas). À cette approche idéologique, je propose de répondre par trois choses : les faits, les faits et encore les faits! Justement, quels sont les faits?
Fait #1
Commençons par la Société royale du Canada, qui est, ni plus ni moins, notre Académie des sciences. Dans un rapport publié un peu avant Noël, la Société soulignait que, dans le dossier des sables bitumineux, «les évaluations environnementales auxquelles se fient les décideurs […] présentent des lacunes importantes […]». Le rapport ajoute que, «d’une manière générale, nous notons l’insuffisance de l’évaluation globale du risque de désastres technologiques et de catastrophes naturelles, de l’évaluation des impacts sur la santé communautaire (négatifs et positifs), de l’évaluation intégrée des impacts écologiques cumulatifs et de l’évaluation des impacts socio-économiques régionaux».
Fait #2
Depuis 40 ans, les Québécois ont investi collectivement 14 G$ de leurs taxes et impôts fédéraux dans l’industrie canadienne des hydrocarbures. L’augmentation de la production pétrolière pousse le dollar canadien à la hausse et cela affecte sérieusement les exportations québécoises (ainsi que celles de l’Ontario). Selon un groupe d’économistes, ce phénomène aurait été responsable de la destruction de 55 000 emplois dans le secteur manufacturier québécois entre 2002 et 2007. Autrement dit, notre investissement dans l’industrie des hydrocarbures hors Québec a contribué à la disparition de plusieurs milliers d’emplois au Québec.
Fait #3
L’exploitation des sables bitumineux est la principale cause de la croissance des émissions de GES au Canada. Méchante belle éthique, n’est-ce pas?